Accueil > Houria

Critiques / Théâtre

Houria

par Marie-Laure Atinault

Victime de l’intolérance

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Quel âge a-t-elle ? Peu importe. La jeune femme est dans sa cellule et vit ses dernières heures. Elle est condamnée à mort. Elle va être lapidée. Ses dernières heures, elle les consacre à ses souvenirs en compagnie de ses anges. Comment en est-elle arrivée là ?
Son plus grand péché fut d’être femme. Un crime. Elle a apprit à être silencieuse, à glisser dans l’espace afin que son père l’oublie. Les « barbus » sont au pouvoir. Les femmes sont chassées de la vie civile, des écoles. Elles doivent rester chez elle, pardon : chez leur mari. Corvéable à merci. Son père l’a vendue. Pour sa chance ou plutôt son malheur. Avec ses anges de miséricorde qu’elle appelle dans son soliloque, elle évoque la vie d’avant. Une photographie qui a échappé à la vindicte paternelle le prouve. Sa mère est en maillot de bain et elle sourit, parmi d’autres personnes qui sourient aussi. Aujourd’hui, plus rien ne sourit, ni les hommes dont les lèvres sont mangées par la barbe, ni les femmes voilées des pieds à la tête. Un grillage devant les yeux leur permet de voir le monde extérieur cadré par des barreaux de tissu. Houria s’est révoltée, trop de silences, trop de souffrances, trop de brimades. Aujourd’hui, elle va mourir, douloureuse délivrance.

Poignant et remarquable

Avec une langue simple et poétique, Gaspare Dori a écrit le chant de vie d’une femme afghane, victime des talibans. L’intolérance, la bêtise immonde des panurges de l’absolutisme sont décrites avec une émotion à fleur de peau, sans pathos excessif, sans concession. Les sentiments, les désirs inassouvis d’une femme violée au plus profond de son être sont délicatement décrits par l’auteur et transcendés par une incroyable comédienne : Pamela Edouard. Elle est frêle, murmure son texte avec une infinie douceur, puis tout d’un coup, à travers une danse libératrice, elle surprend par sa violence trop longtemps contenue. Christophe Luthringer a été le passeur de mots, le catalyseur d’émotions. Sa mise en scène est une telle réussite qu’elle s’oublie. Il s’est mis au service d’un texte et d’une comédienne. Dans ce spectacle, tout est sobre et beau. Le décor, un sol de terre battue, un tabouret, des lumières admirables, comme ce rectangle lumineux qui évoque le lit conjugal, véritable tombeau des illusions d’Houria qui lui donne un dernier vertige.
Poignant et si beau, Houria est un cri qui retentit dans nos consciences.

Houria. De Gaspare Dori. Mise en scène : Christophe Luthringer et Bruce Myers. Avec Pamela Edouard. Théâtre Le Lucernaire, 53, rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris. Tél : 01 45 44 57 34. Jusqu’au 6 mai 2006.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.