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Critiques / Autres Scènes

Gonzales

par Abdessamed Sahali

En douce

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On connaissait le Canadien pour ses délires electro-rap, pour sa collaboration avec les marionnettes de Puppetmastaz mais moins pour ses talents de pianiste. Son nouveau rôle n’en est toutefois pas si étonnant, lui qui pose régulièrement en crooner sur les pochettes de ses disques. Et comme le romantisme colle si bien à l’exercice du piano.

Seul, tournant le dos au public venu le voir au Théâtre de la Bastille, (Chilly) Gonzales pose ses doigts sur le clavier, filmé par une caméra perchée au-dessus. Au fond de la scène, un écran longiline est suspendu. Il projette en noir et blanc l’image du clavier articulé par les doigts de l’artiste. L’effet esthétique est intéressant. D’habitude, c’est lors d’une séance de projection d’un film muet que l’on assiste à un tel dispositif. Les spectateurs regardent le film et écoutent la musique interprétée live par un pianiste dans son coin. Ici, c’est la musique qui devient film et le film, musique. Gonzales joue quelques compositions inédites puis marque un temps et explique au public (en français) qu’il va aussi jouer ses anciens morceaux en version instrumentale. Ce qu’il fait, avec un sens de la décomposition parfois hilarant, tapant du pied pour donner plus de rythme. “La dernière fois que j’ai donné un concert à Paris, je portais sur scène des vêtements extravagants et fumais des cigarettes explosives. Aujourd’hui, vous avez droit à tout autre chose ” souligne-t-il, comme si la mue était passée inaperçue. Chemise blanche, pantalon noir, souliers vernis, s’il y a bien une chose de sûre, c’est qu’il ne s’agit plus du même Gonzales. Ce qui ne l’empêche pas de redevenir un brin loufoque après le premier rappel. Ayant épuisé apparemment son stock de relecture, le voilà qui se lance, toujours au piano, dans des reprises de standards de la pop : Michaël Jackson, Queen... Le public, un peu surpris mais amusé, essaye à chaque introduction de découvrir quel est le morceau qu’il est en train de jouer. Quelques rires explosent.

Artiste génial ou flambeur de première ?

Au bout d’une heure, le concert se termine. Trop court, il n’est pas sûr que tout le monde en ait eu pour son argent. D’autant qu’encore une fois, l’artiste tourne autour de ses compositions. Ces deux derniers albums étant déjà des resucées (certes brillantes mais quand même) de son répertoire, une question se pose : Gonzales est-il en panne d’inspiration ou cherche-t-il à créer une œuvre autour de variations sur le même thème ? Un peu des deux probablement. Désormais installé à Paris (après un long séjour à Berlin), la ville-lumière est probablement synonyme pour lui de compositeurs comme Érik Satie ou Debussy. C’est peut-être là qu’il cherche tranquillement, à son rythme, de nouvelles voies. Ensuite, la répétition faisait déjà partie de ses compositions. Avec des titres comme Chilly in F minor, Chilly in Bb minor ou Chilly in F major, il parsemait chacun de ses enregistrements de ces quelques variations. Alors artiste génial ou flambeur de première ? Rarement, en tout cas, la fumisterie aura été élevée à ce point au rang des beaux-arts. Passer ainsi par la bande, en douce, comme si de rien n’était, est une facilité que se réservent peut-être aussi ceux qui, loin de toute suffisance, mette à nu leurs angoisses pour repartir d’un meilleur pied.

Le 31 Mars à Marseille (13), le 2 avril à Amiens (80), le 7 Juillet à Vienne (38).

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