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Critiques / Théâtre

Fugaces

par Stéphane Bugat

Père et fille

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C’est une douce soirée à la belle saison. Quelques amis se retrouvent pour dîner. Auparavant, même si tous ne partagent pas la conviction de la maîtresse de maison, ils s’amusent à faire tourner une table, cet exercice de spiritisme qui obtient toujours un certain succès dans la bonne société, forcément partagée entre le scepticisme ironique et l’adhésion hésitante. Le meuble, manifestement inspiré, désigne un médecin comme étant "le plus malheureux" de l’assistance. Second acte : le médecin en question vient retrouver sa fille unique, une adolescente non dépourvue de charme, dont on comprend qu’elle doit quitter le giron familial. Il est clair que la relation entre le père et la fille est forte, très forte, trop forte, ce qui conduit à une dérive dont l’issue ne peut être que tragique. Dernier acte : le dîner est terminé. Les convives partagent une douce euphorie. L’épouse du médecin ne parvient pas à le joindre au téléphone.
Josep M. Benet i Jornet est un auteur catalan assez prolifique qui n’a pas été souvent joué en France. Pour aborder ici le thème délicat de l’inceste, il choisit de le mélanger à un contexte léger, proche du vaudeville. Ou comment une poignée de personnages de bonne compagnie ignorent ce qui se joue presque sous leurs yeux. Coupable inconscience collective ou appréciable respect de la part de secret que chacun dissimule ? Benet ne tranche pas. Au moins évite-t-il le piège du pathos ou encore celui du moralisme. Reste l’ambiguïté. D’autant que la mise en scène d’Hervé Petit n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Là où il aurait fallu une profonde intelligence de la situation, il laisse ses interprètes errer dans le premier degré. De surcroît, Hervé Petit se réserve un rôle qu’il transforme par trop en exercice de cabotinage.
Ce spectacle n’a certes rien de déshonorant et les comédiens ne déméritent pas. Mais on passe à côté de l’intensité et de l’intelligence que l’auteur et le metteur en scène auraient probablement voulues y mettre, ce qui laisse le spectateur pour le moins circonspect. L’insatisfaction est ainsi, c’est logique, à la mesure de l’ambition affichée.

Fugaces, de Josep M. Benet i Jornet, traduit du catalan par Michel Azamar, adaptation et mise en scène Hervé Petit. Avec Jean-Claude Durand, Geneviève Esménard, Hervé Petit, Muriel Racine, Erica Rivolier, Antoine Roux et Camille de Sablet. L’Etoile du Nord, jusqu’au 19 décembre. Tél : 01 42 26 47 47.

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