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Critiques / Théâtre

Foley, une chevauchée irlandaise

par Marie-Laure Atinault

Un monde d’ombres

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Un homme dans sa baignoire écoute une bande sonore. Le gros magnétophone à bande obéit au doigt et à l’œil du baigneur. Il s’écoute ainsi raconter sa vie, l’histoire de sa famille. Dans cette intimité aquatique, les clapotis du bain répondent aux hésitations du conteur. Lui, Georges Foley, le dernier d’une famille protestante d’Irlande, fut cerné par les catholiques dont sa propre femme. Il se rappelle, avec une nostalgie mêlée de cynisme, son enfance, sa vie, sa famille et le cheval de son père. Etranges parents en vérité puisqu’ils mettront trois mois à le prénommer Georges, comme son père. Provocateurs et altiers, les Foley font figure d’aristocrates. Aujourd’hui, leur fils jette un regard désabusé sur les siens et lui-même comme un passant qui regarde par la fenêtre d’une maison pour saisir un monde d’ombres murmurantes.

Sonder l’âme humaine

Foley, la chevauchée irlandaise, du talentueux Michael West est construit comme une ballade entre chants celtiques traditionnels et Un Homme tranquille qui connaîtrait le doute. Laurent Hatat, qui assure la mise en scène, aime choisir des textes forts qui sondent l’âme humaine. Il s’est entouré d’une équipe de créateurs pour qui la forme n’est pas qu’un accessoire. Ici, tout est réglé au quart de poil. Pas de temps mort, ni de superflu. Un grand cadre blanc sert d’écran sur l’environnement de notre non-héros. Les carreaux blancs de la salle de bain jusqu’à la lande qui palpite, sont projetés comme autant d’images mentales qu’un fantasme réfléchi.

Caméléon de ses propres souvenirs

Cet espace qui entoure Foley l’enrobe. Il s’opère un mimétisme et Foley devient le caméléon de ses propres souvenirs. Loic Brabant porte les textes comme une seconde peau. Sa diction parfaite et son timbre de voix emportent le spectateur dans un monde d’ombres bruissantes. La jeune danseuse Lisa Fuchs, présence aérienne, tournoie autour de Foley, fantôme de sa sœur ou double de notre conteur. Elle est la musique du spectacle, l’ombre qui danse, le spectre de la fin. Lisa Fuchs tend la main à Loïc Brabant qui porte tout l’univers de Foley en lui. C’est la tragédie narquoise d’un homme qui se regarde d’un air goguenard et lance l’écho d’une voix profonde contre les parois de son destin.

De Michael West. Mise en scène : Laurent Hatat. Avec Loïc Brabant et Lisa Fuchs. Images de Mylène Benoit. Création sonore : Philippe Gordiani. Lumières : Olivier Floury. Costumes : Nathalie Charbaut. L’ATALANTE : Jusqu’au 13 mars. 01.46.06.11.90. HIPPODROME DE DOUAI : Les 18 et 19 mai. 03.27.99.66.66.

Photo : Eric Legrand

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