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Critiques / Autres Scènes

Duel

par Marie-Laure Atinault

L’archer n’est pas moucheté

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À ma gauche Laurent Cirade, 1 mètre 80, 80 kilos, champion de l’épaulé jeté de violoncelle, deux fois vainqueur du Molière musical en équipe de Quatuor. À ma droite Paul Staïcu, 1 mètre 70, 60 kilos tout mouillé, champion académique de Bucarest, recordman du solo de piano, marathonien de la gamme.
Le match se déroulera en 1 heure 30, sans mi-temps. Pianiste et violoncelliste vont s’affronter pour une bataille musicale. L’archer n’est pas moucheté. Les clefs de sol sifflent aux oreilles. Le début est très sérieux. Nos duellistes entrent en scène. Habit de concert de circonstance, noeud papillon et queues-de-pie. Ils prennent des pauses inspirées de solistes internationaux, vieux routiers de la musique de chambre. Certains spectateurs prennent peur. On leur aurait menti ? Vont-ils assister à un concert classique ? Horreur pour les uns, exotisme pour les autres, certains sont aguerris.

Gags, détournements et dérapages en tous genres

Les musiciens attaquent les premières mesures, le recueillement est brisé par la sonnerie d’un portable. Murmure désapprobateur dans la salle, recherche frénétique du coupable. Le pianiste extirpe de son habit, le petit objet bruyant. C’est le coup d’envoi d’une avalanche de gags, de détournements et de dérapages en tous genres. Paul Staïcu doit passer sa carte bleue entre les touches d’ivoire du clavier pour pouvoir jouer et suivre les indications contradictoires d’une machine peu mélomane. Notre pianiste est aussi à l’occasion dépanneur, armé d’une clé à molette. Il n’hésite pas à plonger dans les cordes de l’instrument récalcitrant. Le violoncelle est un instrument à vent, donc un tantinet volage, et il peut s’échapper pour un mémorable vol du bourdon. Mais qu’il prenne garde aux chasseurs, il pourrait finir en tourne-broche !

De Bach à Cosma, leur répertoire est à l’image de leur fantaisie

Paul Staïcu joue Bach les yeux bandés. Laurent Cirade joue de deux instruments en même temps. Leur répertoire est à l’image de leur fantaisie, de Bach à Cosma, en passant par Fauré, il n’y a qu’une note. Ils aiment la musique, classique ou jazzy, enfin la bonne musique. Agnès Boury a du avoir du mal à juguler ce duo burlesque. Leur duel pour rire remporte un succès partout où ils ferraillent. Mais, sous le couvert du rire, ils apportent la bonne parole musicale. Les musiciens ne sont pas des gens sérieux mais ils font sérieusement leur gamme.

Duel. Mise en scène d’Agnès Boury, avec Laurent Cirade, Paul Staïcu. Vingtième théâtre. Tél : 01.43.15.61.38. Jusqu’au 27 février.

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