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Dracula, Entre l’amour et la mort

par Marie-Laure Atinault

A Lyon, une création européenne du succès Québécois

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Vlad le terrible sanguinaire du centre de l’Europe ne pouvait pas imaginer que sa postérité sanglante engendrerait une descendance de suceurs de cou bien différents les uns des autres. Depuis Nosferatu le vampire plus effrayant que sémillant à Tom Cruise, les vampires du septième art aiment particulièrement les jeunes vierges au cou gracile et à la peau diaphane. Les vampires à l’écran naviguent dans les eaux troubles du nanar pathétique à l’horreur de Carpenter, en passant par l’humour de Polanski. Mais, à la scène le héros du roman de Bram Stocker, Dracula, n’avait pas trouvé de transfuge, la peur des planches et des pieux peut-être ?

Dracula un amoureux malheureux

Vlad Tzerpès est devenu un damné, un vampire se nourrissant du sang de ses victimes. Il est condamné à vivre sans son amour, la belle Elhemina qu’il recherche à travers les siècles. Qui dit vampires dit chasseur de vampires. De nos jours, ils utilisent toujours les vieilles recettes de Grand-mère : pieu, ail, et croix, mais profitent aussi des innovations technologiques et multi-média. Du Moyen-âge au XXI siècle, l’amour est la quête des personnages de cette pièce musicale. Nous préférons parler de théâtre musical puisque le terme comédie musicale s’accorde mal avec le propos et que ce genre a été mis à mal par des productions sans grand sérieux ni professionnalisme, hors, si il y a bien un genre qui ne trompe pas, c’est bien celui-ci.

Du temps des cathédrales au baiser de mort

Bruno Pelletier n’est pas seulement le chanteur que les français ont découvert avec Notre Dame de Paris où il interprétait Gringoire le poète dont la chanson Le temps des cathédrales était numéro un sur les chaînes de radio. Star au Québec, il a une carrière tout terrain qui continue d’étonner en France où il faudra bien un jour que l’on se débarrasse des étiquettes. Oui on peut être chanteur, oui on peut être également comédien, danseur !
Bruno Pelletier est un capitaliste de talent, compositeur, rockeur, il créa La Légende de Jimmy de Luc Plamondon, puis Starmania, des albums solo, des concerts, des apparitions très remarquées à la télévision et maintenant un retour très attendu par le public français avec ce spectacle nait de son propre désir.

Bruno Pelletier est le maître d’œuvre de ce beau projet. Il s’est battu pour qu’il existe, il a mis en contact Roger Tabra pour les textes, Simon Leclerc pour la musique sur un livret de Richard Ouzounian, lui demandant de faire de Dracula un amoureux tragique et romantique.
La mise en scène de Gregory Hlady est à la fois kitch et gothique. Les chanteurs ne sont pas statiques. Il a travaillé avec une équipe de comédiens-chanteurs et cela fait toute la différence. La lumière et les projections vidéos transportent le spectateur dans ce voyage initiatique à travers les siècles dans ce château des Carpates où ne dort pas la belle au bois dormant mais le prince au regard de braise et au baiser inoubliable, puisque définitif.

Une distribution hors pair

Autour de Bruno Pelletier nous trouvons neuf artistes qui sont tous rompus aux arts de la scène. Toutes les voix sont splendides : Andrée Watters, la belle Ehlemina, Gabrielle Destroismaisons, Lucy à la voix d’ange et Sylvain Cossette magnifique interprète de Jonathan qui est pour nous une véritable découverte, ce qui est paradoxal pour un artiste qui chante en français et qui a déjà vendu plus de 500.000 albums. On peut s’interroger sur la faible diffusion des œuvres de la francophonie !
Les vampiresses jolies à se faire damner ont mis en émoi le public masculin !
Le narrateur du spectacle est un homme marionnette Grand-Lui, alias Louis Gagné, voix rauque et profonde, la symbiose entre le comédien et la marionnette est parfaite. Les costumes de Jean Philie mettent en valeur toute la troupe et donnent un cachet particulier au spectacle qui a sa propre esthétique.

Le spectacle est admirablement réglé, trop diront certains esprit chagrins. Mais est-ce trop d’avoir des arrangements musicaux mélodieux et audacieux, une troupe où chaque rôle est tenu comme un premier rôle, où la musique est belle et les paroles restent en tête ?

Bruno Pelletier, qui nous avait séduit en Gringoire revient avec ce projet ambitieux. Il peut être heureux car le spectacle, qui fut un gros succès au Québec, est une pleine et entière réussite. Sa technique vocale toute en maturité sachant aller vers l’extrême douceur à la pleine puissance offre à chacune des chansons qu’il interprète un relief inoubliable. Nous connaissions le chanteur mais ici il se révèle excellent comédien avec un sens de la scène charismatique.

Ce Dracula est un vrai seigneur. En attendant Paris, car les directeurs de salle seraient inconscients de ne pas prendre ce diamant noir, Le TGV peut vous emmener dans le château du plus séduisant des vampires, vous serez reçu avec le sourire à la Maison de La Danse de Lyon, ou décidément il se passe bien des événements.

"Dracula, Entre l’amour et la mort" : Spectacle musical sous la direction artistique de Bruno Pelletier, musique de Simon Leclerc, paroles de Roger Tabra, livret de Richard Ouzoumanian, mise en scène de Gregory Hlady avec la collaboration de Erick Villeneuve. Avec : Bruno Pelletier, Sylvain Cossette, Matt Laurent, Andrée Watters, Pierre Flynn, Gabrielle Destroismaisons, Brigitte Marchand, Cassiopée, Julie Dassylva, Louis Gagné
Maison de la danse à Lyon, jusqu’au 25 janvier. tél. 04 72 78 18 00

(le cd est disponible au théâtre)

http://www.maisondeladanse.com/

Crédit photo : © DR

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1 Message

  • Dracula, Entre l’amour et la mort 27 janvier 2008 19:18, par Catherine

    Voici une critique qui fait plaisir puisqu’elle met en verbe ce que l’on ressent en allant voir ce magnifique spectacle. Le style du jeu est parfaitement rendu ainsi que la beauté des voix et l’originalité de cette interprétation par des "chanteurs-comédiens" ou "comédiens-chanteurs" qui ont un véritable jeu de scène et ne se contentent pas de chanter !
    Un spectacle comme on aimerait en voir plus souvent, et qui j’espère sera repris à paris car il le mérite bien !

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