Clari de Fromental Halevy

A la découverte des dons comiques de Cécilia Bartoli

Clari de Fromental Halevy

Faudra-t-il désormais passer par Zurich pour être à la pointe de l’actualité lyrique ? Après une Traviata insolite en Gare Centrale - voir webthea du 8 septembre), on a redécouvert dans la mégapole suisse, un opéra oublié, sinon inconnu Clari de Jacques Fromental Halévy.

L’année Malibran

On connaît la dévotion de Cécilia Bartoli pour La Malibran, son illustrissime devancière. Poursuivant ses recherches à la Bibliothèque Nationale de France, tout en se consacrant à sa triomphale tournée internationale de son camion Malibran, elle remarqua la partition endormie de Clari composée par Halévy à l’intention de Maria Malibran, sur un livret de Pietro Giannone. L’œuvre, créée le 9 décembre 1828 au Théâtre-Italien à Paris, avec le concours de Madame Malibran suscita un engouement passager puis termina sa carrière. Sept ans plus tard, Halévy composera son chef d’œuvre La Juive. Grâce à Cécilia Bartoli, Clari sort enfin de l’oubli.

Kitsch à gogo ! Mise en scène délirante !

L’argument de cet opéra semi-séria est mince, particulièrement mince. Clari, jeune et modeste paysanne est attirée par la prestance du duc, qui lui a promis le mariage et une vie de château. Ayant eu la révélation d’un stratagème malhonnête manigancé par les domestiques du duc, dévoilant son inconstance et sa légèreté, Clari tente de se suicider mais retourne finalement dans sa ferme natale pour affronter la colère paternelle. Tout se terminera par un happy-end, le duc retrouve celle qu’il voulait suborner et lui promet enfin un vrai mariage et sa fidélité.

Grâce à la complicité de Patrice Caurier et Moshé Leiser, les gags ont fusé comme des tirs de mitrailleurs. Ils ont eu raison de jouer pleinement l’anachronisme, en situant l’histoire en Amérique, dans les années 50. Sans lésiner sur le kitsch, ils bombardent des projections hilarantes en costumes bariolés dans des décors extravagants où défilent un chimpanzé géant, quelques vaches (on est en Suisse), un cochon et une berline de grand luxe pour les jeunes mariées. Suprême clin d’oeil de leur délire : la rencontre de Clari et du Duc se fait grâce aux petites annonces sur Internet.

Bartoli jubilatoire

Cécilia Bartoli tenait follement à cet opéra créé autrefois par "sa" Malibran. L’Opéra de Zurich, qui ne peut rien refuser à cette illustre pensionnaire, accepta de le monter.
Halévy l’avait composé à la Villa Médicis, d’où la touche italianisante, sans effet bel canto. Clari est bel et bien un opéra pour mezzo soprano colorature avec de très beaux moments, notamment la cavatine du 1er acte « Come dolce a me favelli » et le terzettino du 2ème acte où les innombrables vocalises de Cécilia Bartoli s’envolent à tire d’ailes des plus graves aux plus aigus. Avec habilité et astuce, elle reprend l’usage de l’époque en introduisant une cavatine tirée de La Tempesta d’Halévy et surtout la superbe Romance du Saule de l’Otello de Rossini.

On s’était un peu lassé de voir et d’entendre Cécilia Bartoli en cantatrice vivaldienne, gluckienne et parfois salierienne. Sa transformation en Clari a été une apparition jubilatoire. Montrant des dons insoupçonnés d’actrice comique ajoutée à sa brillante technique vocale, elle a charmé et subjugué le grand public tout comme les mélomanes avertis. Si elle s’est autant impliquée, musicalement que scéniquement, c’est grâce aussi à l’imagination des duettistes de la mise en scène qui ont su donner un sacré coup de jeune à cette oeuvre de 180 ans d’âge.

Le ténor léger américain John Osborne a campé un Duc sportif et musicalement dans les temps. Les autres comparses de la distribution sont tous épatants, Olivier Wiidmer, Eva Liebau, Giuseppe Scorsini chantent fort bien et sont drôles à souhait. Tout le monde s’amuse et Adam Fischer dirige avec entrain et finesse « La Scintilla », la formation baroque de l’Opéra de Zurich.

Clari opéra semi-seria en trois actes de Jacques Fromental Halévy, livret de Pietro Giannone, créé le 9 décembre 1828 au Théâtre-Italien à Paris. Direction musicale Adam Fischer, Orchestre « La Scintilla » de l’Opernhaus, Chœur de l’Opernhaus de Zürich, préparation Jûrg Hämmerli, mise en scène Moshé Leiser, Patrice Caurier, costumes Agostino Cavalca, décors Christian Fenouillat, lumières Martin Gebhardt, Christophe Forey, chorégraphie Beate Vollack
Opernhaus de Zürich, les 31 août et 5 septembre.

Crédit photos : Suzanne SCHWIERTZ
CECILIA BARTOLI : Clari, JOHN OSBORN : Il Duca, EVA LIEBAU : Bettina/Adina, OLIVER WIDMER : Germano/Il Conte, GIUSEPPE SCORSIN : Luca/Il Padre di Adina, CARLOS CHAUSSON : Alberto, STEFANIA KALUZA : Simonetta.

A propos de l'auteur
Charles Rosenbaum
Charles Rosenbaum

Charles nous a quitté le 15 août dernier. Nous vous invitons à lire son portrait par Caroline Alexander.

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