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Audiberti, le cinquantenaire

par Gilles Costaz

Un livre et un "anti-colloque" sur l’auteur de "Le mal court"

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En 1965 mourait Jacques Audiberti, quelques semaines après qu’il eut, dans son dernier livre, Dimanche m’attend, raconté sa mort. Le cinquantième anniversaire de sa disparition fait l’objet d’un « anti-colloque » conçu par Nelly Labère (l’appellation est un beau pied de nez aux commémorations trop dogmatiques) et de plusieurs publications. Retenons surtout Sur les pas de mon père de la fille de l’écrivain, Marie-Louise Audiberti, qui est un témoignage essentiel. L’auteur des pièces Le mal court, Le Cavalier seul, L’Effet Glapion (et de tant d’autres), de poèmes ébouriffants et de récits inclassables était un étrange père. Ce fils de maçon suivait la trajectoire stable de l’écriture – il écrivait sans cesse, il peignait aussi – et la ligne instable d’un homme très attaché à sa femme et à ses deux filles mais peu présent. Quand il quitta sa ville natale et fondamentale, Antibes, il ne sut jamais garder un logement à Paris et dans la région parisienne. D’ailleurs, il délaissait régulièrement ses proches pour aller écrire chez des amis ou à l’hôtel. Il vivait en parallèle , la tête pleine des autres – les disparus et les vivants – mais dans sa planète qui n’était pas une planète d’orgueil mais d’obsédante recomposition poétique du monde.
Marie-Louise Audiberti relie ses souvenirs aux livres, montre les soubassements autobiographiques de la fiction, décrit son père au café des Deux-Magots non loin de Simone de Beauvoir, conte les promenades qu’elle effectue avec ce père si tendre, si directif et si absent. Le portrait est délicat, sensible, sans hyperbole ni ressentiment. Ses colères, Marie-Louise Audiberti les a gardées pour elle. Son admiration, elle la tempère. Elle sait que le temps travaille pour Audiberti, qu’il est athlétique, colossal, hors des modes et des notions étriquées du théâtre et de la littérature. Elle a certainement bien plus à dire que les cent trente pages modestes de son livre, mais elle évoque l’homme intime dont on ne savait rien et indique, touche après touche, des éléments peu connus, ignorés ou sur le point de s’effacer. Son livre, si précieux, est une lampe, un quinquet, une flamme pour éclairer ceux qui aimeront Audiberti et marcheront avec lui, non pas comme elle dans les rues d’Antibes et de Paris, mais à travers les scènes et les pages d’une œuvre aussi solaire qu’aveuglante.

Sur les pas de mon père de Marie-Louise Audiberti. Editions de l’Amourier, 126 pages , 15 euros. (Paraît également un texte oublié, Le Globe dans la main de Jacques Audiberti, édité par Bernard Fournier, éditions Le Bateau ivre, 240 pages, 18 euros. On attend par ailleurs la publication prochaine d’un Dictionnaire Audiberti de Jeanyves Guérin).

Anti-colloque Audiberti, mercredi 25 mars, 10-13 h ; 14-19 h, mairie du du VIe arrondissement plae Saint-Sulpice 75006 Paris. Manifestation organisée par Nelly Labère avec la participation de Marcel Maréchal, Jeanyves Guérin, Jean-Claude Penchenat, Albert Dichy, Serge Toubiana, Jérôme Prieur, Houdia Ponty, Lakis Proguidis, Stéphanie Tesson, Pierre Vilar, Agnès Spiquel, Roger Bensky...

Photo Gallimard.

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