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Critiques / Théâtre

Au Bois Lacté de Dylan Thomas (1914-1953)

par Marie-Laure Atinault

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La voix du grand poète gallois Dylan Thomas résonne grâce à la mise en scène majestueuse de Stuart Seide.

Dans la nuit feutrée de ce petit village entre lande et mer deux voix s’élèvent, la première voix tout doucement nous dit : « Pour commencer par le commencement. C’est le printemps. Une nuit sans lune dans le petit bourg, sans étoiles... »

Le plateau est dans l’obscurité, seul un rayon de lune auréole les deux « voix », la première aux belles tonalités brunes de Bernard Ferreira qui nous envoûte, la seconde plus terrienne de Caroline Mounier. Le commencement peut commencer !

Traduire c’est trahir cela est vrai et plus encore pour la poésie, mais ce mal est nécessaire pour faire connaitre la poésie de Dylan Thomas. Le poète gallois s’inspirait de sa terre, de cette enfance qu’il a rêvée, de ses rêveries au fond des pubs où il croisait une humanité aride et flamboyante. Il n’y a pas une histoire mais les histoires des gens qui peuplent ce petit village situé entre terre et mer. Au Bois Lacté est la radiographie de ce village où pendant 24 heures les récitants-observateurs vont nous faire découvrir l’intimité des habitants. Cela commence comme un rêve, un rêve d’enfant nimbé de terreur et d’insouciance, puis comme un rêve éthylique après une station trop prolongée au pub. Sans oublier les rêves d’évasion de chacun, et pour certains ce petit goût suranné de paradis perdu sur des comptines enfantines.

Au Bois Lacté est une pièce radiophonique avec plus de soixante dix personnages, une multitude de lieux tant intérieurs qu’extérieurs. Comment transposer tout cela sur une scène de théâtre. Stuart Seide a tenu à éviter « toute tentative de reconstitution cinématographique ou télévisuelle », il a confié à Philippe Marioge la scénographie. Leur association avait fait merveille pour « Mary Stuart » de Schiller crée en 2009, et pour « Alice et cetera » de Dario Fo et Franca Rame (2008).

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Le bois s’impose, évidemment pour ce chant choral où se mélange les senteur sylvestres et les brumes de la terre. Les lieux sont évoqués plus que formellement construit, il suffit aux comédiens de soulever une partie du plancher qui deviendra table, comptoir etc.…

Au début du spectacle, nous devinons plus que nous voyons. Au fil poétique des heures, le décor se révèle et le village est comme encerclé par une nappe aquatique. Le décor, non pas à tiroirs mais à trappes, est magnifiquement éclairé par Jean-Pascal Pracht, les différentes heures de la journée trouvent leur tonalité, jusqu’à la nuit avec ses ombres inquiétantes ou amies qui peuvent cacher le peuple de l’invisible qui hantent les cauchemars et les rêves éveillés des enfants de tout âge. Il y a beaucoup d’enfant dans le texte de Dylan Thomas. La présence d’enfant est problématique au théâtre, Stuart Seide fait appel et, pour la première fois de sa carrière à des marionnettes, la réussite est pleine et entière. Les comédiens qui les manipulent se fondent dans cette animation subtile et efficace.

Stuart Seide a réussi à transmettre le charme indéfinissable de la poésie de Thomas c’est une langue qui frappe par ses accents, les rythmes sont inhabituels et le foisonnement du vocabulaire crée une syntaxe enivrante. Parfois le spectateurs est tenté de fermer les yeux pour se laisser porter par ce chant choral mais les images scéniques sont si belles que l’on craindrait de rater quelque chose. L’écoute du public ne trompe pas.

On parlera longtemps de la troupe du Bois Lacté. Nous ne vous parlerons arbitrairement que de trois comédiens : Noémie Gantier, une vraie nature avec des envolées si drôles, Jonathan Heckel est en quelques sorte un sociétaire du théâtre du Nord, sa puissance de composition donne à chacun de ses rôles un caractère inoubliable quand à Bernard Ferreira, il est la première voix, et quelle voix ! Ses accents bruns bien tempérés, sa présence à la fois forte et rassurante nous emmène dans ce voyage de la terre aux étoiles.

Au Bois Lacté
De Dylan Thomas
Mise en scène de Stuart Seide,
Marionnettes, conception et fabrication Pascale Blaison et Sébastien Puech ; marionnettes et conseils manipulations Jean-Louis Heckel
Avec Jean Alibert, Christophe Carassou, Eric Castex, Bernard Ferreira, Noémie Gantier, Jonathan Heckel, Caroline Mounier, Karin Palmieri, Géraldine Roguez, Vincent Schmitt, Hélène Theunissen

Théâtre du Nord Lille jusqu’au 22mai 03 20 14 24 24

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