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Critiques / Théâtre

Andromaque (L’Amour fou) de Racine et Rivette

par Gilles Costaz

Le théâtre traversé par la vie et la passion de l’image

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Roland Barthes écrivait, dans ses Fragments d’un discours amoureux : « Le film L’Amour fou que Jacques Rivette a tourné en 1969 a constitué une clé d’entrée dans la pièce classique. Il relate l’histoire d’une troupe de théâtre qui répète Andromaque de Racine… L’entrelacs du travail théâtral et de la vie privée des protagonistes y représente un dynamo formidable qui réalise, en quelque sorte, les enjeux et la violente poétique d’Andromaque en l’actualisant et en la questionnant. » Matthieu Cruciani prend Barthes au mot en mettant en scène la pièce de Racine en y intégrant des scènes de Rivette, quelques dialogues écrits pendant les répétitions et des images qui, pour la plupart filmées en direct, donnent à voir une représentation amplifiée de l’action.
Le projet de Cruciani est ambitieux. Il table sur plusieurs langages à la fois ; la scénographie révèle plusieurs scènes simultanées : un plateau central, un écran en haut de l’arrière-scène, un bureau de travail, une pièce qu’on voit au lointain, un coin lavabo et une aire de jeu pour le musicien (qui, non mis en scène, a l’air de s’ennuyer quand il n’intervient pas). L’enjeu est que tous ses éléments se rejoignent. De ce point de vue-là, la conception du spectacle est fascinante : on est dans le dedans et le dehors de la tragédie classique. Mais le concept mis en jeu exigerait plus de moyens, plus de temps surtout et des acteurs plus aguerris. Lamya Regragui (Andromaque), Philippe Smith (Pyrrhus) et Christel Zubillaga (Céphise) s’en tirent honorablement. Dans le rôle d’Hermione qui est très favorisé (l’intervention finale d’Andromaque a été coupée), Emilie Capliez a de l’allure et de la sensibilité mais la prestation est trop longue, trop ample pour elle. Quant à Mattéo Zimermann (Oreste), il est plus dans le jeu musclé que dans le chant des vers. Curieusement, le film, généralement en noir et blanc, durcit les visages de façon déplaisante. L’on sent que Matthieu Cruciani est un metteur en scène déjà passionnant, mais, pour le moment, il fait ses gammes.

Andromaque (Un amour fou) de Racine et d’après Un amour fou de Jacques Rivette, mise en scène de Matthieu Cruciani, scénographie et lumière de Nicolas Marie, costumes de Frédéric Cambier, vidéo de Stéphan Castang, son de Clément Vercelletto, avec Philippe Smith, Jean-Baptiste Verquin, Emile Capliez, Lamya Regragui, Mattéo Zimmermann, Arnaud Bichon, Christel Zubillaga.

Comédie de Saint-Etienne, salle Jean Dasté, tél. : 04 77 25 14 14, jusqu’au 15 décembre. Puis Vire le 18 janvier, Saint-Etienne-du-Rouvray le 23 janvier, Dijon (CDN) du 30 janvier au 3 février.

Photo Jean-Antoine Raveyre.

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