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Critiques / Opéra & Classique

ADRIANA LECOUVREUR de Francesco Cilèa

par Caroline Alexander

Beautés à l’ancienne sous le signe du théâtre

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Posé à l’avant-scène, le buste de Molière veille. Nous sommes au théâtre, dans sa maison, la Comédie Française. Le rideau se lève sur ses coulisses, les costumes accrochés sur une longue tringle, les loges des comédiennes qui se sont lutiner par des admirateurs. Et, tout juste derrière elles, l’escalier qui mène au plateau, et ce plateau vu de dos, ses lumières, ses entrées… Un décor symbole qui tournera sur lui-même et qui s’ouvrira sur d’autres espaces, immanquablement liés à ce lieu culte de la tragédie et de la comédie.

Adriana Lecouvreur de Francesco Cilèa (1866-1950) petit chef d’œuvre entre romantisme et vérisme, fort peu joué, raconte la passion amoureuse et la mort d’une véritable tragédienne du Français au talent rayonnant qui mourut jeune dans des conditions troubles. Un empoisonnement ? C’est en tout cas l’explication qu’en donnent Eugène Scribe et Ernest Legouvé dans leur pièce éponyme que Cilèa mit en musique et Arturo Colautti en paroles.

Adriana aime Mauricio qu’elle prend pour un simple soldat au service du comte de Saxe – alors qu’il est le comte en question, aimé de la princesse de Bouillon, sa rivale au théâtre sous le nom de la Duclos. Personnalités doubles, jeux de miroirs dispenseurs de quiproquos, jalousies et meurtre… Le mélodrame affiche toutes ses faces.

Un premier degré simple et lisible

Le choix de cette dernière production programmée par Nicolas Joël forme une sorte de synthèse de ses goûts pour la réhabilitation d’un certain répertoire et son rejet de tout excès de modernité. Cette Adriana Lecouvreur coproduite avec Covent Garden à Londres, qui a déjà pas mal voyagé (Barcelone, Vienne etc…), se situe dans la droite ligne de ses options. Le metteur en scène écossais David McVicar est idéalement l’homme de ce type de parti-pris, il l’a prouvé dans maintes productions à Strasbourg (Cosi fan tutte, Le Ring, voir WT 799, 1097, 1502, 1790, 2705)..), à Paris (Semele –WT 2377)). Chez lui, aucune tentative de réactualisation mais la fouille minutieuse des sphères, en externe et en interne.

Le théâtre est donc omniprésent comme il l’est dans le fait divers qui a inspiré la pièce d’origine de Scribe (interprétée successivement par Rachel puis par Sarah Bernhardt !)

Le premier degré simple et lisible de McVicar s’accorde à la justesse des décors de Charles Edwards, à la richesse des costumes de Brigitte Reiffenstuel. Tout est en place pour une célébration des beautés à l’ancienne et personne ne s’en plaindra.

La grâce d’Angela Gheorghiu, diva de notre temps

Diva de notre temps, Angela Gheorghiu en Adriana sacrifiée est bien évidemment attendue. Elle a rôdé le personnage, elle l’a fait sien en actrice accomplie, elle subjugue, même si sa voix manque d’ampleur. Elle lui substitue la délicatesse, l’émotion, des couleurs pastels qui safranent les notes jusqu’aux murmures. Sa beauté, sa grâce font le reste.

Son naturel tranche avec les jeux traditionnels – également à l’ancienne, chantant de face, la main sur le cœur – de ses partenaires, particulièrement
Marcelo Alvarez, au timbre somptueux, aux parfaites projections qui fait de Maurizio l’amant divisé un amoureux sorti d’une image d’Epinal. La mezzo italienne Luciana d’Intino aux graves flirtant avec la tessiture de contralto propose une Duclos, princesse de Bouillon froide et déterminée, le baryton Alessandro Corbelli convainc et touche en vieux régisseur épris de la trop jeune et trop belle créature qu’il doit servir, Wojtek Smilek, basse polonaise donne de la hauteur aristo au prince de Bouillon cocu, Raûl Giménez s’amuse en abbé libertin. Alexandre Duhamel, Carlo Bosi, Mariangela Sicilia, Carol Garcia ferment la boucle de la distribution sans effets de surprise et sans faux pas.

Daniel Oren qui connaît bien les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris pour les avoir dirigé une bonne douzaine de fois, les plonge ici avec délices dans les frémissements d’un romantisme à cœur ouvert, sentiments de braise et de rêves, en force ou pianissimo, toujours à l’écoute attentive des chanteurs.

Adriana Lecouvreur de Francesco Cilèa, livret d’Arturo Colautti d’après la pièce éponyme d’Eugène Scribe et Ernest Legouvé. Orchestre et chœurs de de l’Opéra National de Paris, direction Daniel Oren, chef des chœurs José Luis Basso, mise en scène David McVicar, décors Charles Edwards, costumes Brigitte Reiffenstuel, lumières Silverman, chorégraphie Andrew George. Avec Angela Gheorghiu, (ou Svetla Vassileva les 29 juin, 9 & 15 juillet) Marcelo Alvarez, Alessandro Corbelli, Luciana d’Intino, Wojtek Smilek, Raûl Giménez, Alexandre Duhamel, Carlo Bosi, Mariangela Sicilia, Carol Garcia .

En coproduction avec le Royal Opera House de Covent Garden (Londres), le Grand Teatro del Liceo (Barcelone) le Wiener Staatsoper (Vienne) & le San Francisco Opera.

Opéra National de Paris – Bastille, les 23, 29 & 29 juin, 3, 6, 9, 15 juillet à 19h30, le 12 juillet à 14h30.

08 92 89 90 90 - + 33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos Vincent Pontet

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