Accueil > Götterdämmerung - Le crépuscule des dieux de Richard Wagner

Critiques / Opéra & Classique

Götterdämmerung - Le crépuscule des dieux de Richard Wagner

par Caroline Alexander

L’apothéose poétique d’un Ring d’anthologie

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Il y a quatre ans à l’Opéra National du Rhin de Strasbourg on découvrait émerveillé l’Or du Rhin, prologue du Ring des Nibelungen de Richard Wagner mis en scène par un Ecossais facétieux épris de poésie David McVicar. Nicholas Snowman, alors directeur de la maison en avait fait sa dernière révérence. L’événement était de taille : la mythique Tétralogie n’avait plus été jouée à Strasbourg depuis un demi siècle. En 2009, Marc Clémeur prenait les rênes de l’institution et poursuivait l’entreprise. Avec le même succès.

On avait découvert McVicar déjà dans de joyeuses, souvent insolentes mises en scène d’œuvres de Haendel, Monteverdi ou Mozart. Abordant pour la première fois les rives du Walhalla, il les débarrassait de tout le fatras socio-politique qui les encombrait depuis une bonne vingtaine d’années. A Bayreuth en 1986 Patrice Chéreau en avait été le talentueux initiateur, mais après lui plus rien de transcendant ne fut proposé. Jusqu’à cette vision vierge de références, ouverte sur l’imaginaire d’un conte peuplé de dieux, de géants, de nains et de monstres. Comme passés par le filtre d’un regard d’enfants, les décors, costumes, maquillages, chorégraphies et même la direction d’acteurs, semblent sortis d’un livre d’images pour lecteurs rêveurs de 8 à 88 ans.

D’année en année, la Walkyrie puis Siegfried se succédèrent donc dans le même élan fantasmagorique (voir webthea des19 février 2007, 22 avril 2008 & 3 février 2009). C’est dire si l’ultime étape du voyage était attendue. Le résultat a dépassé les espérances. Ceux qui ont assisté aux trois premières étapes retrouvent avec bonheur les plans suspendus, les panneaux ondulés noirs et or de la scénographe Rae Smith, les costumes de Jo van Schuppen puisant leurs drapés entre imagerie médiévale, guerriers samouraïs, et paysannerie en ombres grises, les faisceaux laser et les clapotis dansants des lumières de Paule Constable, les masques baladeurs et les rochers fracassés de Vicki Hallam, sans oublier Grane le destrier de Brünnehilde toujours monté par David Greeves piaffant sur ses échasses de ferraille.

Les belles surprises s’enchaînent

L’ambiance est familière et pourtant d’acte en acte, de scène en scène, les belles surprises s’enchaînent. Des fils enchevêtrés tissés sur le rouet des Nornes au bûcher des illusions de règne dans lequel Brünnehilde rejoint son bien aimé Siegfried, des tableaux saisissants coupent le souffle. Les danses Kendo des guerriers, leurs bâtons et les jupes virevoltantes de leurs kimonos, Siegfried avec les filles du Rhin quémandant l’anneau, ces trois chanteuses, Anais Mahikian,, Kimy McLaren,Carolina Bruck-Santos, nageant, se lovant, dansant autour du héros, combinaison magique de voix et de danses. Le corps de Siegfried apparaissant dans la nuit du fond scène pour être déposé tête la première, tandis que le rideau se baisse sur la marche funèbre qui bat son pouls tragique et vous met les larmes aux yeux… Puis le final qui rejoint en boucle le prologue, l’or qui retrouve les ondes d’où il avait été subtilisé, la lune blême et le masque de la comédie que vient déposer un jeune garçon.

"Schläfst Du, Hagen mein Sohn…Dors tu mon fils" : Alberich, vieilli, ventripotent et tremblotant est toujours aussi pittoresque dans l’interprétation du baryton basse Oleg Bryak qui lui donne même un supplément d’âme. Hagen son fils et demi-frère de Gunther, a trouvé en Daniel Sumegi, basse américaine, stature martiale, présence trouble et graves où la glace se mêle à la rage. Robert Bock confère à Gunther noblesse et sensibilité, en Guntrune flouée Nancy Weissbach voile peu à peu son timbre ensoleillé, Hanne Fischer offre une remarquable Waltraute.

Jeanne-Michèle Charbonnet, héroïne grand format

Lance Ryan revient en Siegfried, toujours beau gosse naïf, jeune chien prêt à mordre et à lécher, un peu crétin tel qu’est le personnage, sincère, émouvant. Au premier acte la vaillance de sa voix semble avoir pâli mais elle se remuscle peu à peu et retrouve à la fois la puissance de ses aigus et le velours de ses murmures. Jeanne Michèle Charbonnet reste la grande triomphatrice de ce baisser de rideau wagnérien. Sa Brünnehilde est de toute beauté, son engagement total, un jeu de magnifique comédienne et une voix au medium plantureux, aux graves nocturnes et aux aigus conquérants. Une belle plante au service d’une héroïne grand format.

Le chef slovène Marko Letonja, nouveau venu à l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg dont il va prendre la direction dès le début de la saison 2011/2012, y affûte ses armes avec un doigté d’intelligence aigue. C’est Wagner tout en finesse, en lyrisme contenu, aux envolées légères, par moments presque chambriste. Jusqu’aux silences respectés dans leurs mystères, il donne à entendre un Crépuscule à la fois dépouillé et vibrant que les chœurs de l’Onr soutiennent avec ferveur.

Bien sûr, la fosse est n’a pas les mesures d’un orchestre de la taille de cette musique, bien sûr les actions se déroulent dans un espace un peu étroit. On rêverait pour cette production exemplaire d’un plateau, d’une fosse comme celle de Bastille à Paris. On rêverait surtout d’une reprise à Strasbourg ou ailleurs, ou mieux encore d’une intégrale de cette Tétralogie rendue à ses origines légendaires. Sans détournement de sens, un chef d’œuvre à voir et entendre où chacun imprime sa lecture et ses symboles.

Götterdämmerung/Le crépuscule des dieux de Richard Wagner, orchestre philharmonique de Strasbourg, direction Marko Letonja, choeur de l’Opéra National du Rhin, direction Michel Capperon, mise en scène David McVicar, décors Rae Smith, costumes Jo Van Schuppen, lumières Paule Constable, masques Vicky Hallam, mouvements Andrew George, déplacements David Greeves. Avec : Lance Ryan, Jeanne-Michèle Charbonnet, Daniel Sumegi, Robert Bork, Oleg Bryak, Nancy Weissbach, Hanne Fischer, Sara Fulgoni, Anaïs Mahikian, Kimy McLaren, Caroline Bruck Santos, David Greeves .

Strasbourg, Opéra National du Rhin, les 25,28 février, 3 & 12 mars à 18h, le 6 à 15h.

+ 33 (0) 825 84 14 84 – caisse onr.fr

Mulhouse – La Filature, le 25 mars à 18h, le 27 à 15h.

+33 (0)3 89 36 28 28 – billetterie lafilature.org

JPEG - 127.3 ko

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.