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Transfabbrica par la Cie Le Grain-Théâtre de la voix

par Jean Chollet

Stimulante mémoire ouvrière et culturelle

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Après avoir créé une version in situ dans une ancienne aciérie du Saut du Tarn, (Chantier Fabbrica) » la compagnie Le Grain - Théâtre de la voix présente, sous une forme frontale adaptée au lieu théâtral, cette évocation du monde industriel européen des années 1960 -1970, qui trouve une résonance dans le présent. En associant les expressions d’artistes italiens, évoquant chacun à leur manière, les problématiques sociales et politiques de leur temps.

Le spectacle s’ouvre avec le Poème symphonique de György Ligeti, créé en 1963, exprimé à travers la présence de cent métronomes, interprètes d’une partition sonore et visuelle, dont les rythmes et ruptures sont porteurs de battements temporels de vie. Il s’enchaîne avec La Fabbrica illuminata , pièce pour voix et bande électroacoustique à partir d’enregistrements réalisés dans une usine de Gênes avant sa fermeture, et des manifestions qu’elle a suscitée, par le compositeur Luigi Nono sur un livret d’un jeune poète vénitien. Lui succède, la pièce radiophonique de Luciano Berio écrite à l‘origine pour cinq acteurs, A-Ronne, avec un livret en plusieurs langues de Eduardo Sanguinetti, inspiré par de grands auteurs universels. Cette trilogie est articulée par des extraits des Ecrits Corsaires de Pier Paolo Pasolini, observateur lucide et inspiré des mutations sociétales et culturelles de son époque, dont les propos datés trouvent cependant un écho signifiant au regard de notre actualité.

Une fusion organique des genres

Avec en toile de fond, des portraits de nombreux anonymes de la classe ouvrière, l’espace ouvert conçu par Philippe Marioge, habité par les projections vidéo signifiantes de Dominique Aru, offre un environnement spatial judicieux et sensible, favorable à l’expression des paroles, des musiques et des corps. Conceptrice du projet, metteuse en scène et excellente comédienne, Christine Dormoy délivre avec une densité nuancée la parole de Pasolini, Isabelle Soccoja, (en alternance avec Romie Esteves) allie à son talent de mezzo soprane, une belle présence et un engagement corporel révélateur, aux côtés du danseur Olivier Renouf, subtil évocateur de la condition ouvrière dans sa chorégraphie judicieusement expressive. C’est dans la fusion réussie de ces trois aspects que cette création ambitieuse, associée à un fin travail sonore (Nicolas Deflache et Etienne Graindorge), trouve une relation à même de faire ressentir de manière quasi sensorielle, les enjeux, questionnements et réflexions portés sans didactisme par ces écritures militantes. Un spectacle non formaté, aux colorations poétiques, d’un équilibre fragile qui demeure en mouvement, et suscite l’éveil du spectateur invité en partenaire.

Transfabbrica, Textes, Pier Paolo Pasolini, musiques Luigi Nono, Luciano Berio, György Ligetti. Conception et mise en scène, Christine Dormoy. Avec Isabelle Soccoja, ou Romie Estèves, Olivier Renouf danseur, Christine Dormoy comédienne. Scénographie Philippe Marioge, son Nicolas Deflache, vidéo Dominique Aru, lumières Jean-Pascal, Eric Soyer, costumes Cidalia Da Costa. Durée 1 heure.
Théâtre du Petit Louvre - Chapelle des Templiers Festival Off Avignon, jusqu’au 25 juillet 2015.
Tournée 2015 – 2016 en cours.

Photo ©Pierre Grosbois

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