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Critiques / Théâtre

Reset, de Cyril Teste

par Jean Chollet

Disparition et amnésie en images

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Acteur, metteur en scène et plasticien trentenaire, Cyril Teste a fondé en septembre 2000 le Collectif MxM dont la première réalisation Alice Underground, d’après Lewis Caroll, s’est située dans le cadre du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. Depuis, il a poursuivi et développé au sein de ce collectif une pratique théâtrale basée sur une interdisciplinarité à même de nourrir un langage scénique. A travers des recherches sur l’image vidéo captée puis retransmise - le plus souvent en direct - et l’apport de nouvelles technologies, en mesure de provoquer dans leurs relations avec le jeu des comédiens de nouvelles ouvertures dramaturgiques. Ce fut lisible dans les créations qui ont suivi, particulièrement en 2007 avec Electronic City de Falk Richter, qui stigmatise les dysfonctionnements d’une société ou l’humain tend à disparaître. Aujourd’hui, à travers un texte nourri d’études scientifiques, notamment auprès du psychiatre - psychothérapeute Joël Monfort, Cyril Teste aborde le thème de la disparition. Un phénomène répandu en France comme ailleurs, abordé ici à travers deux histoires parallèles. Celle d’un père mystérieusement disparu après avoir joué au ballon avec son fils et celle d’un homme de cinquante-cinq ans admis dans un hôpital car incapable de se souvenir de son nom et de son passé. Dans leurs variations temporelles, deux histoires qui se croisent et s’entrechoquent pour interroger la pathologie de la disparition physique et psychique. Naturellement, sans ambition d’apporter des réponses scientifiques ou de lever une part du mystère qui l’entoure, mais davantage pour introduire une réflexion sur les conséquences de ces maladies, pour ceux qui en sont victimes comme pour leur entourage.

L’image vidéo théâtralisée

Réalisé avec la complicité artistique de Joël Jouanneau, le spectacle se déroule pour l’essentiel dans un parallélépipède semi clos, vitré et mobile, dont l’intérieur évoque successivement un lieu hospitalier ou un appartement, servant de localisation et d’espace de jeu aux comédiens. Une partie de celui-ci est filmé par des caméras motorisées procédant à des cadrages ponctuels, simultanément projetés sur les parois de verre en créant des images, dont la portée échappe au réel pour susciter un environnement mental adapté aux problématiques évoquées. Dans cette dimension la vidéo, parfois plus ou moins bien utilisée ailleurs, nourrit une théâtralité constituante de la représentation et accompagne la narration jusque dans ses décalages. Il faut donc saluer la réalisation affinée de Patrick Laffont, dont les croisements avec les lumières de Julien Boizard et la scénographie d’Elisa Bories sont accompagnés par la musique lancinante de Nihil Bordures. Autant d’éléments qui contribuent à faire ressentir le climat et les distorsions des situations. Mais l’éclat de la maîtrise technique ne fait pas oublier l’interprétation des huit comédiens (dont un enfant), qui portent avec rigueur et expressivité les troubles et les fractures de la disparition.

Reset, texte et mise en scène Cyril Teste, collaboration artistique Joël Jouanneau, avec Servane Ducorps, Stéphane Lalloz, Benoît Mochot, Sandy Boizard, Pascal Rénéric, Gerald Weingand et les enfants (en alternance) Damoh Ikheteah et Alexis Augusto-Cabrera. Scénographie et costumes Elisa Bories, vidéo Patrick Laffont, musique originale Nihil Bordures, régie générale et lumière Julien Boizard, robotique Christian Laroche. Durée 1 heure 30. Théâtre Gérard Philipe – CDN de Saint-Denis jusqu’au 21 février 2010. Tournée prévue à l’automne 2010 : Comédie de Reims, Halles aux Grains – Blois, Carré Saint-Médard en Jalles …

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