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Critiques / Théâtre

Probablement les Bahamas de Martin Crimp

par Jean Chollet

Le poids des mots

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La soixantaine, un couple de petits - bourgeois a trouvé un havre de tranquillité dans une maison confortable, éloignée des échos de la réalité du monde. Dans cet univers feutré, ses propriétaires livrent leurs sentiments, aspirations et désirs, face à un invité imaginaire silencieux. Ainsi s’amorce l’une des premières pièces du grand dramaturge britannique contemporain Martin Crimp, dont l’audience s’est étendue à de nombreux pays. Celle – ci (datée de 1986), dont le titre engage vers une destination exotique propice aux rêveries, révèle sous l’apparente banalité des propos tenus par Milly et Frank leur bonheur béat, dont ils se félicitent, avant de fissurer leurs carapaces pour évoquer leurs relations avec fils et belle-fille, ou dévoiler un égocentrisme latent coloré de peurs accompagnées d’un racisme ordinaire. Leur équilibre existentiel emprunt de tendresse pourrait perdurer, mais la présence à leurs côtés d’une jeune fille au pair hollandaise, Marijka, semble être une menace par sa vitalité et son besoin de vérité évacuant les dissimulations et les non-dits.

L’écriture épurée et rigoureuse de Crimp, sous ses accents caustiques souvent teintés d’ironie, de dérision et d’humour (british), sous-entend une vision philosophique et politique de la société contemporaine, davantage portée par les mots que par le récit. Dans un décor d’intérieur aux parois partiellement gommées, dont la fonctionnalité architecturale reflète en clins d’œil les goûts kitch identitaires de ses occupants, la mise en scène de Anne-Marie Lazarini accompagne et orchestre avec finesse ce texte comme une partition. Sans effets superflus, ni soucis de clarification, laissant flotter ses tonalités énigmatiques qui interpellent “ l’invité ” – spectateur en suscitant sa réflexion. C’est dans cet esprit qu’elle a trouvé une juste cohérence d’interprétation et de rythme auprès de Catherine Salviat (remarquable Milly), Jacques Bondoux (Frank) et Heidi – Eva Clavier (Marijka), qui restituent également et la musicalité des propos.

© Marion Duhamel

Probablement les Bahamas de Martin Crimp, traduction Danielle Merahi (L’Arche éditeur), mise en scène Anne-Marie Lazarini, avec Jacques Bondoux, Heidi-Eva Clavier, Catherine Salviat et l’invité. Décor Dominique Bourde et François Cabanat, costumes Dominique Bourde, lumières François Cabanat. Durée 1 heure. Artistic Théâtre Paris jusqu’au 16 janvier 2018.

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