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Philippe Avron de retour en Avignon

par Jean Chollet

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Grand comédien, il a connu la Cour d’Honneur du Palais des Papes auprès de Jean Vilar et de Benno Besson avec lequel il fut Hamlet et le juge Azdak du Cercle de craie caucasien de Brecht. Depuis quelques années, auteur et interprète, seul en scène, il a créé avec succès plusieurs spectacles où l’humour et la poésie croisent l’émotion avec finesse et générosité. Sa nouvelle création, Montaigne, Shakespeare, mon père et moi, sera présentée au Théâtre des Halles d’Avignon du 7 au 29 juillet 2010.

Que représente aujourd’hui pour vous le Festival d’Avignon ?
Un fleuve, un puissant fleuve. Il renaît chaque année avec ses risques et son originalité. Je retourne régulièrement dans la Cour d’honneur, lieu emblématique du festival, creuset dressé vers le ciel empreint de poésie dans lequel j’ai connu beaucoup de joies artistiques. Mais je porte aussi avec curiosité beaucoup d’intérêt aux nouvelles générations, notamment dans le "off" avec tous ces jeunes qui arrivent en Avignon pleins d’espoirs, pour présenter leur travail souvent dans des conditions difficiles et rencontrer le public et la critique. Chaque édition ressemble à une confrontation des formes colorées du théâtre, comme pour comparer des crus de vins différents. C’est un lieu unique, tumultueux, imprévisible, provoquant de réactions passionnées parfois jusque dans l’exagération. Mais c’est aussi le lieu où on ne demande pas “comment vas-tu ? ” mais “ qu’est-ce que tu as vu ? ”.
Bénéficiant de la liberté du temps des vacances et situé sur les routes de l’Italie et de l’Espagne, un rendez-vous plein de vie auquel je reste très attaché.

Comment s’est construit votre nouveau spectacle Shakespeare, Montaigne, mon père et moi, dont vous êtes l’auteur et l’interprète ?

Je le porte en moi depuis longtemps. Mon père m’a laissé en héritage un petit livre cartonné de toile grise, Les Essais de Montaigne, dont la pensée m’a toujours accompagné et passionné. Je me suis inscrit aux cours des “ Lundis de la philosophie ”, séminaire hebdomadaire organisé par l’Ecole normale supérieure, où j’ai côtoyé des passionnés qui m’ont ouvert sur un Montaigne différent des idées reçues. Cela m’a encore rapproché de celui qui écrivait : “ Je fais ce voyage farouche et extravagant d’aller de moi-même vers moi-même. Je suis à la fois monstre et miracle. Je fais une œuvre chimérique, grotesque, fantasque ”. Le rapprochement avec Shakespeare s’est fait naturellement, non seulement par le fait qu’il utilise dans La Tempête une citation extraite Des Cannibales, un des recueil qui compose l’œuvre de Montaigne, mais parce que tous les deux ont une démarche proche : le moi c’est l’autre.

A partir de votre écriture du texte, de quelle manière le spectacle a-t-il été créé et sous quelles formes se présente–il ?

J’ai fait appel à Alain Timar dont j’apprécie les créations depuis longtemps et nous avons travaillé d’une manière différente de la mise en scène habituelle en échangeant à travers le logiciel Skype. Une technique qui permet des dialogues fréquents et constructifs. Je peux improviser autour du texte et nos échanges ont influencé l’écriture. Alain Timar a orienté notre travail vers le livre de référence et la relation Père – fils sous l’œil de Montaigne, déterminant le cheminement de la représentation. Mon intérêt est que très vite Montaigne soit présent dans la salle. Je lui parle, évoque la mémoire et le questionne sur ses écrits, à la fois interprète et interrogateur, sans le trahir. Autour de lui, je convoque Shakespeare, mon père, La Boétie, mais aussi Grand Corps Malade (Fabien Marsaud) en souhaitant que le public slame avec moi au final les mots de Montaigne : “ Il est des peuples où on tourne le dos à celui qui salue …”. Mais dans ce mélange du temps et des époques, il y aussi un chat multicolore en visite et deux ânes sous les masques d’Erhart Stiefel, avec la musique originale composée par Jean-Jacques Lemêtre pour le piano.

Montaigne, Shakespeare, mon père et moi, texte et interprétation Philippe Avron, collaboration artistique Alain Timar, masques Erhart Stiefel, musique Jean-Jacques Lemêtre.
Théâtre des Halles – Avignon du 7 au 29 juillet 2010 à 19 h 30. (Relâche les 11,18 et 25 juillet) Durée 1 heure 30.

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