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Critiques / Théâtre

Nénesse de Aziz Chouaki

par Jean Chollet

Une farce socio-politique bouffonne

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Ancien légionnaire et rockeur provincial, victime d’un accident vasculaire cérébral, aujourd’hui désœuvré, Nénesse vit tant bien que mal avec sa femme aimante Gina, elle-même au chômage. Pour agrémenter leur modeste budget, il a procédé à une sous location partielle de son habitation à deux sans papiers, occupant un module de stockage (Algéco). Goran, musulman d’origine slave, tente de rejoindre l’Angleterre, et Aurélien, fonctionnaire cultivé, est menacé d’expulsion faute de pouvoir justifier ses origines à partir d’un père ayant fuit la Russie stalinienne. Sur fond d’une Europe confrontée à ses défaillances économiques, au chômage, à l’immigration et aux menaces de l’Etat islamique, se tisse le portrait d’une micro société en résonance avec la réalité d’aujourd’hui. Au centre de ce quatuor, Nénesse n’est pas seulement un “beauf ” cher à Cabu, mais se qualifie de ”réactionnaire radical”, raciste, antisémite, homophobe, psychopathe hors contrôle, abreuvant ses compagnons de propos et d’avis outranciers ou provocateurs, sources d’affrontements dont l’issue sera sans espoir.

Ainsi se présente cette fable écrite par Aziz Chouaki, qu’il qualifie assez justement comme “anthropologique” puisqu’elle reflète à sa manière et à gros traits l’étude d’une tranche d’humanité, dans laquelle chacun tente d’exister. En laissant apparaître la disparition des rêves, les frustrations et fractures issues d’un environnement sociétal qui alimente comportements et réflexions. Loin du politiquement correct. Déjà metteur en scène de deux pièces de l’auteur “Une Virée” (2004) et “Les Coloniaux“ (2009), Jean-Louis Martinelli (voir Entretien avec Dominique Darzacq) adapte et orchestre celle-ci dans une tonalité explosive quasi caricaturale, qui, en accompagnant le flux coloré et déstructuré du langage transpose un réalisme du quotidien en suscitant le rire, devenu pour l’occasion une arme défensive. Dans ce registre Olivier Marchal (Nénesse) Christine Citti (Gina) Hammou Graia (Goran) Goffry Thiebaut (Aurélien), parfois pénalisés par une acoustique défaillante, sont parfaitement à l’unisson, dans un décor signifiant de Gilles Taschet.

© Pascal Victor

Nénesse de Aziz Chouaki, mise en scène et adaptation Jean-Louis Martinelli, avec Christine Citti, Hammou Graia, Olivier Marchal, Geoffroy Thiebaut. Scénographie Gilles Taschet, costumes Elisabeth Tavernier, création sonore Sylvain Jacques, lumières Jean Marc Skatcho, Durée : 1heure 30 .Théâtre Dejazet – Paris jusqu’au 3 mars 2018. En tournée : La Manufacture Nancy-Lorraine du 13 au 16 mars, Théâtre Liberté – Toulon les 29 et 30 mars 2018.

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