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Critiques / Opéra & Classique

Nathalie Stutzmann, un oiseau rare

par Caroline Alexander

Deux mains, une voix : elle chante, elle dirige, elle envoûte

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Sa voix est d’ambre, sa direction d’orchestre charnelle, la contralto-maestro Nathalie Stutzmann est un être d’exception. Valérie Chevalier, directrice de l’Opéra-Orchestre National de Montpellier-Occitanie a eu la fine idée de l’inviter en résidence dans son institution. Elle y assurera trois concerts par an durant les trois prochaines saisons à la tête de l’ensemble Orfeo 55, une fine équipe de seize instrumentistes qu’elle rassembla en orchestre il y a huit ans. Et animera des master class.

Nathalie et Valérie se connaissent depuis les années de leur adolescence. Amoureuses de musique, amoureuses de la vie, elles sont amies, elles sont complices, elles s’entendent d’un simple battement de cils. Nathalie se sentira chez elle à Montpellier, pôle d’activités de Valérie.

Le concert inaugural s’est déroulé à l’Opéra Comédie dans l’après-midi du dimanche 5 novembre. Salle comble dès la fermeture des portes, salle debout, en enthousiasme et émotion au salut des artistes. Le programme a fait déferler les ondes caressantes du baroque.

Sous le titre « Quella Fiamma – arie antiche » (Cette Flamme – airs anciens), des extraits de Cavalli, Scarlatti, Vivaldi, Haendel, Porpora se sont incrustés autour de Cesti, Respighi, Falconieri et quelques autres contemporains dans leur orchestration d’origine. Nathalie arrive discrètement sur scène, dos au public puis s’installe face à ses musiciens qu’elle enlace de ses deux paumes ouvertes et tendues. Quand elle fait jaillir sa tessiture exceptionnelle, noire, ample, souple comme un élastique, elle retourne son pupitre et se met face au public. Le continuo vigilant des différents instrumentistes – orgue, clavecin, luth… - accompagne en complicité sensuelles ses vocalises d’ébène et de jade. Harpe et violons encadrent Antonio Cesti, le violon solo pleure l’Andromeda Liberata de Vivaldi, Nathalie offre sa pudeur naturelle et la générosité de ses graves à Durante, à Falconieri et autres Bononcini aux noms moins familiers. « Plaisir d’amour » est chanté en réponse aux acclamations, comme pour rappeler que cette mélodie que Joan Baez, Nana Mouskouri et tant d’autres ont fait valser dans les mémoires collectives est l’enfant d’un baroqueux pur jus, Jean-Paul Egide Martini (1741-1816).

Devant leurs pupitres respectifs, les onze filles et les cinq garçons de l’ensemble Orfeo 55 font vibrer leur jeunesse et planer en sons complices la chaîne qui les lie à la gestique féline de la femme qui les dirige. Ils l’aiment cela se sent, cela se voit, cela s’entend. Tous chantent avec elle. En silence.

Exigeante, directe, affectueuse, exigeante, elle est comme ça Nathalie Stutzmann. Elle fait corps avec cette musique, ces sonorités de toutes les gammes, de toutes les couleurs, une vocation qui l’a envahie dès l’enfance. Avant de chanter elle a étudié tous les instruments, piano, clavecin, violons… même le basson si rarement articulé par un souffle de femme. Simon Rattle et Sheiji Ozawa furent les premiers à l’encourager, ils sont restés ses modèles. De Dublin à Sao Paolo dont elle rejoint les orchestres symphoniques et jusqu’à Montpellier où désormais réside Orfeo 55, son bébé, elle offre sa fausse nonchalance, cette façon de travailler au naturel comme si c’était tout simple. C’est sa façon de dompter les obstacles.

Erato -Warner Classic a produit en disque l’intégralité de Quelle Fiamma !

Nathalie Stutzmann et l’ensemble Orfeo 55 en concerts à Montpellier :
Prima Donna d’Antonio Vivaldi, le 13 mars 2018 à 20h Le Corum-salle Pasteur
Duello Amoroso de Georg Friedrich Haendel, le 4 juin 2018 à 20h à l’Opéra Comédie

+33 4 67 60 19 99

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