Les Hivernales de Prague

L’éventail musical d’une semaine d’hiver à Prague

Les Hivernales de Prague

Les Hivernales de Prague : un festival qui, depuis 1972, se déroule sous l’égide de la société IFB (International Festival Bureau) et qui durant la première semaine de janvier propose à ses clients et visiteurs un éventail de ses meilleures productions musicales.

Le compositeur vedette de l’édition 2006 fut le Russe amoureux de Prague Piotr Illitch Tchaïkovski, et non pas Mozart car la ville, pointilleuse quant à son enfant chéri, attend le jour J de sa naissance, le 27 janvier prochain, pour lancer les célébrations de son 250e anniversaire. Cinq jours d’une programmation principalement axée sur les compositeurs d’Europe Centrale ou de l’Est tels Smetana, Suk, Prokofiev, Rimsky-Korsakov, Martinu, Dvorak, Glinka, Moussorgsky... Et Tchaïkovski donc avec la réalisation exemplaire dans les ors et moulures baroques de l’Opéra d’Etat d’une Dame de Pique créée dans ce même théâtre durant l’automne 2004.

La Dame de Pique

Rarement une mise en scène, une direction d’orchestre et une distribution aura autant servi les étranges névroses de la passion du jeu que Tchaïkovski tira d’une nouvelle de Pouchkine. Maîtres d’œuvre de la réussite, l’orchestre de l’Opéra d’Etat sous la direction du Pragois Rudolf Kre_mer, la mise en scène de l’Allemand Roman Hovenbitzer et la voix du ténor ukrainien Vladimir Kuzmenko en parfaite osmose avec le personnage du flambeur maudit. Un décor de boîtes pivotantes qui s’assemblent et s’ajustent comme un jeu de Lego ressuscite en nocturne les divers espaces du drame.

Tchaïkovski avait repoussé les personnages de Pouchkine d’un siècle pour les faire évoluer sous le règne de la grande Catherine, tsarine de toutes les Russies. Ici pas de transposition emphatique, mais une sorte d’intemporalité née des structures symboliques du décor et des costumes où se mêlent des visions fin de XIXe, début XXe siècle, avec des accessoires au style années 20. Chaque détail colle parfaitement à l’histoire. L’orchestre joue l’excès, les orages, la folie, Helena Kaupová incarne une Lisa de fraîcheur et de fragilité face au Hermann en dérive de Kuzmenko. L’ensemble colle à Tchaïkovski comme une seconde peau.

Casse-Noisettes

Autre point fort et autre Tchaïkovski de ces Hivernales conviviales malgré un thermomètre qui dégringole volontiers en dessous de zéro, cette fois, face à la Moldau, dans l’écrin plus classique mais non moins somptueux du Théâtre National, l’adaptation par le chorégraphe hongrois Youri Vàmos du ballet Casse-Noisettes, classique incontournable des fêtes de fin d’année dans tous les pays d’Europe Centrale ou anglo-saxons.

Directeur artistique de l’Opéra du Rhin à Düsseldorf, Vàmos a combiné le livret original tiré d’un conte de E.T.A Hoffmann avec un conte de Noël imaginé par Charles Dickens. D’où un va-et-vient ludique et savoureux entre l’imagerie d’un Londres qui semble échappé d’un théâtre de marionnettes et l’univers onirique de la petite Clara qui part à la découverte de ses rêves et de ce Prince Charmant né de son casse-noisettes. L’orchestre du Théâtre National, trop familier peut-être de cette œuvre, la tutoyait en roue libre sans que Sergej Poluektov ne réussisse à lui faire étinceler les paillettes qui virevoltaient sur scène, ni à allumer la drôlerie contagieuse du danseur Ji_í Kodym, irrésistible barbon monté sur ressort qui entraîne dans ses rondes une bande d’adorables petits rats survoltés. Jolie performance des étoiles Zuzana Susová/Klara et Nicola Márová/la Fée, pour un spectacle tout public, parfaitement rôdé et sans velléité de recherches formelles.

La légendaire Lanterne Magique de Radok et Svoboda, bouleversante révélation de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958, semblait avoir troqué son univers de poésie naïve contre une technologie à grands effets. Sa Légende des Argonautes en fut l’illustration spectaculaire, certes efficace mais étrangement sans âme.

Chants du Ve siècle

A la porte du Théâtre d’Etat veille, sculptée dans du bronze, la cape de la statue du Commandeur car c’est dans ses murs que le Don Giovanni de Mozart vit le jour le 29 octobre 1787. C’est dans ses velours bleutés que le petit orchestre de chambre Musica Bohemica créé en 1975 par le compositeur Jaroslav Kr_ek présenta un sympathique florilège de chants du Ve siècle, d’airs folkloriques de Bohème et de Moravie ainsi que quelques chants de Noël que le chef malicieux réussit à faire reprendre en chœur par la salle. Une salle visiblement sous le charme de ces hommes et de ces femmes aux timbres rudes maniant, entre autres quelques instruments du terroir, trompette marine, tambour à friction ou encore l’étrange flûte longue de presque deux mètres appelée Fujara...

Tchaïkovski encore mais aussi Glinka et Dvo_ák furent conviés au Rudolfinum, siège du prestigieux Philharmonique Tchèque entraîné ce soir-là par Petr Vronsk_, ex-violoniste passé à la direction d’orchestre, chef souvent invité par diverses formations tchèques ou internationales, un homme qui semble se fondre dans les sons qu’il fait jaillir de ses pupitres, qui les mime, les commente, s’en amuse et obtient une superbe cohésion. Le concerto pour violon de Tchaïkovski fut l’occasion d’ovationner le jeune virtuose Pavel _porci, révélé à Salzburg en 2004. Cheveux flottants autour d’une tête de Christ, tennis blancs aux pieds et chemise ouverte, il subjugua par son doigté aérien, sa fantaisie et l émotion tendue de son archet.

« Prague is music » commente dans la rue un camelot distributeur de tracts. C’est vrai, la capitale aux cent clochers est musique, hiver comme été, avec ses événements institutionnels et sa quarantaine de concerts quotidiennement offerts aux touristes, dans ses nombreuses salles et ses non moins nombreuses églises....

IFB/France, 7 rue de Clichy, 75009 Paris. Renseignements : 00 33 (0)1 42 81 88 58. www.praguewinter.com.

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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