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Le grain de folie de Christina Pluhar

par Olivier Olgan

Associer baroque et tradition

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Depuis 15 ans, Christina Pluhar, luthiste, harpiste, reine des cordes à l’ancienne mène une double ambition : associer musique traditionnelle et musique baroque en pariant sur l’improvisation au-delà de l’érudition. Les quatre concerts anniversaires de sa formation L’Arpeggiata les 14 et 15 novembre à la Salle Gaveau en propose une synthèse somptueuse, de Cavalli au jazz.

Christina Pluhar a quelque chose d’une magicienne, à la fois ensorceleuse et chef de bande : « Je monte mes projets toujours à l’envers : je cherche d’abord les artistes, notamment les chanteurs - et, ensuite, je recherche le répertoire qui leur convient. »

Depuis 15 ans, elle a su fidéliser son ensemble L’Arpeggiata une vingtaine d’instrumentistes européens parmi les meilleurs de leur spécialité : Doron Sherwin, cornet à bouquin, Veronika Skuplik, violon baroque, Margit Übellacker, psaltérion, Eero Palviainen, lute & guitare baroque, Rodney Prada, viole de gambe, Josetxu Obregon, violoncelle baroque, David Mayoral, percussions,…. Les chanteurs sont aussi choisis pour leurs personnalités vocales bien trempées : Marco Beasley, Lucilla Galeazzi, Philippe Jaroussky, Nuria Rial et Hana Blazikova …. Tous sont prêts à la suivre dans toutes les exigences d’un travail acharné pour se libérer d’un savoir académique pour se fondre dans une improvisation collective. « Ce n’est pas tant sur le plan de la simple virtuosité que l’enjeu se situe, mais bien plutôt au niveau de la subtilité vocale, où le rythme doit s’adapter au texte. » rappelle Pluhar qui cisèle un son tout en saveurs et en couleurs et poursuit avec ses complices ses utopies musicales

Il ne s’agit pas seulement d’associer musique traditionnelle et musique baroque : histoire de combler les absences d’indications ou de notations pour restituer dans son jus cette transition historique si délicate entre la renaissance et le baroque. Il faut lui donner vie, en captant la séduction immédiate de cet art du récit naissant qui en découvre la puissance et la saveur. La musique ici n’entrave plus le théâtre, l’un soutenant l’autre et l’embellissant à un niveau rarement atteint dans l’Histoire. L’érudition s’efface au profit du spectacle. « L’étude intellectuelle du contenu ne se fait pas au détriment du cœur, insiste la harpiste, qui détermine toujours en fin de compte si l’on se sent interpellé. » Cette quête s’appuie sur un instrumentarium soigneusement pensé et agencé et une recherche permanente des partitions les plus gouteuses dans les bibliothèques au risque de ne restituer que des fragments comme dans cet album L’Amore innamorato dédié à un opéra disparu de Cavalli.. Dans cette dynamique esthétique, les complices de l’Arpeggiata pourraient se concentrer sur leur répertoire, celui du premier baroque : le Seicento italien, et de le restituer dans un nouveau bain de couleurs : Monteverdi et ses proches contemporains ou successeurs comme De’Cavalieri, Kapsberger, Landi, Rossi et tout récemment Cavalli… « Le contact intuitif passe par la palette des couleurs instrumentales et la qualité de la voix – le son, comme les couleurs d’un tableau, est le vecteur de l’émotion. » Et de se reposer sur le succès de leurs spectacles et la réussite d’enregistrements désormais cultes ou de référence.


C’est mal connaitre l’énergie et les rêves de conquêtes de Christina Pluhar qui a fait de la virtuosité d’improvisation de son ensemble, une clé d’entrée de multiples territoires musicaux inexplorés. Le déclencheur fut le programme All’ Improvviso’ où elle associe l’ensemble avec le clarinettiste de jazz Gianluigi Trovesi. De ‘ces chemins de traverses’ comme elle dit joliment de ses réelles prises de risques,

Pluhar compose de jolies surprises, inclassables où sourd une véritable liberté esthétique. Citons, ‘Los Pajaros perdidos’ qui explorent les plus belles chansons traditionnelles et baroques du Paraguay, du Chili, du Venezuela et de l’Argentine avec les voix envoûtantes de Luciana Mancini, Vincenzo Capezzuto, et Raquel Andueza, ou ‘Mediteraneo’ qui visite les rives musicales de la méditerannée avec les voix de Mísia, Nuria Rial, Vincenzo Capezzuto, Raquel Andueza ou Aikaterini Papadopoulou, ou plus récemment ‘Music for a while’ où elle frotte Purcell aux jazzmen Gianluigi Trovesi et Wolfgang Muthspiel, tout en glissant la chanson Halleluja de Léonard Cohen chanté par le soprane Vincenzo Capezzuto !

Le point commun de cette aventure tout autant musicale qu’humaine repose sur le plaisir des musiciens à se retrouver sur les partitions qu’elle déniche et à les partager avec le public sur scène ou au disque : « Créer des rencontres entre des artistes est une expérience formidable, savoure Pluhar. Si vous regardez les gens qui jouent dans mon ensemble, cela va d’un extrême à l’autre depuis le début. Je cherche à chaque fois à inviter des personnalités très fortes, qui ont beaucoup à dire. » Le week-end du 14 et 15 novembre est à marquer d’une pierre blanche tant chaque musicien va montrer toutes les facettes de son talent dans un esprit de fête très communicatif. Ne le ratez pas !

Dés que les lampions se seront éteints, Christina Pluhar se remettra au montage de son prochain enregistrement – soin qu’elle ne confie à personne - dédié à un opéra… qu’elle a composé sur thème d’Orphée. Mais c’est ceci une autre histoire, riche de surprises et de folies dont elle a le secret.

Un anniversaire à la Salle Gaveau
Samedi 14 novembre,
• 21h, Francesco Cavalli - L’Amore innamorato, http://www.sallegaveau.com/la-saison/1012/arpeggiata-14-nov
Dimanche 15 novembre
• 16h30, Arpeggiata - 15 ans !!! Concert anniversaire, http://www.sallegaveau.com/la-saison/1019/arpeggiata-15-nov-16h30
• 20h30, "Music for a While" Improvisations on Henry Purcell, http://www.sallegaveau.com/la-saison/1020/arpeggiata-15-nov-20h30
• 23h, "Jam Session - Late Night Club" http://www.sallegaveau.com/la-saison/1021/arpeggiata-15-nov-23h

Discographie selective
• Monteverdi : Vespro della Beata Vergine (Virgin classics), Teatro d’Amore (Virgin classics)
• Cavalli, L’Amore innamorato (Warner classics)
• Emilio De’Cavalieri, La Rappresentatione di Anima e di corpo ‘Alpha)
• Les Pajaros perdidos (Virgin Classics)
• Mediterraneo (Virgin Classics)
• Music for a while (Virgin Classics)

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