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Critiques / Théâtre

Le Testament de Marie de Cólm Toibin

par Jean Chollet

La voix humaine d’un mythe

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Une femme en exil lutte pour faire entendre sa vérité face aux récits propagés par le Nouveau Testament et les Evangiles et entretenus en mémoire de son fils, qui l’a quitté et qu’elle ne reconnaît plus depuis l’enfance. Pas seulement à partir de son vécu, mais aussi de ce qu’il lui a été raconté et de son imaginaire, en faisant abstraction du religieux pour rester en prise directe avec la vie. En se confrontant aux différents événements relatés ayant contribué à la légende de son enfant, depuis sa naissance à Nazareth, la résurrection de Lazare, les Noces de Cana, où elle émet des doutes sur l’eau changée en vin. Elle puise aussi dans le deuil qui a suivi la crucifixion et les constats d’abandons respectifs, une part de culpabilité, de blessures, de colère et de désespoir, mais aussi de naïveté. Pour tenter de trouver une consolation à son destin de mère, dans un monde cruel dont le salut n’a pas été assuré à ses yeux par “le fils de Dieu ”.

Ainsi se présente ce texte de l’écrivain irlandais Cólm Toibin, dont la grande metteuse en scène britannique Deborah Warner offre une version française, après ses créations à Broadway en 2013, puis à Londres en 2014, avec Fiona Shaw, dont le rôle est interprété ici par Dominique Blanc. En ouverture, le public est invité à approcher sur la scène les éléments symboliques et allusifs (vision quasi picturale de la Vierge Marie avec la comédienne assise dans une cage de verre, olivier déraciné du Mont de Jérusalem, bougies, vautour, etc …) conçus par le décorateur et plasticien Tom Pye. Un prélude à la représentation située dans un espace ouvert et isolé, à Ephèse, où Marie s’est réfugiée après la mort de son enfant, entourée de quelques outils nécessaires à son quotidien, et surveillée par des partisans en communion sacramentelle avec son fils, sollicitant son adhésion. Pour poursuivre leur prosélytisme, qu’elle rejette.

Deborah Warner, signe une mise en scène rythmée, sans effets spectaculaires, en prise directe avec le réel, dans une complicité retrouvée avec Dominique Blanc, qu’elle avait dirigée dans Une maison de poupée d’Ibsen en 1997. Avec talent, celle - ci porte ce monologue comme une partition, en délivrant les fractures palpables de cette mère déchirée avec vitalité, densité, et parfois des accents bouleversants. Une évocation de Marie, qui n’a pas pour but de stigmatiser les croyances, mais de faire entendre la profonde humanité d’une femme, qu’elle soit bénie ou non entre toutes celles de son sexe.

Photo Ruth Walz

Le Testament de Marie, de Cólm Toibin, traduction française Anna Gibson, mise en scène Deborah Warner, avec Dominique Blanc. Scénographie Tom Pye, lumière Jean Kalman, costumes Chloé Obolensky, musique, son Mel Mercier. Durée : 1 heure 20.

Odéon – Théâtre de l’Europe jusqu’au 3 juin 017.

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