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Critiques / Théâtre

Le Système de Ponzi de David Lescot

par Jean Chollet

Les couleurs de l’argent

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En 2008, lors de son arrestation pour une escroquerie chiffrée à 50 milliards de dollars, l’homme d’affaire américain Bernard L. Madoff, déclarait s’être inspiré de la “ Chaine de Ponzi ”. Un mode de placement proposé avec des taux très élevés, dont les intérêts et remboursements étaient assurés par les apports de nouveaux souscripteurs. Du moins, tant que ces derniers investissaient à hauteur suffisante pour couvrir les sommes dues. Mais qui était ce Charles Ponzi, italo-américain (1882 – 1949) rendu célèbre pour la mise au point de cette “ cavalerie ” financière en 1919 à Boston et qui a suscité depuis de nombreux épigones à travers le monde.

Un personnage qui est au centre de cette nouvelle pièce de David Lescot (Actes Sud Papiers), retraçant la trajectoire rocambolesque de cet immigré italien débarqué à Boston en 1903 avec 2,50 € en poche, après avoir perdu au jeu ses économies sur le bateau, selon le New-York Times. Après avoir exercé plusieurs petits boulots, il part pour Montréal et entre à la Banca Zarossi spécialisée dans la gestion de comptes d’italiens en pratiquant à petite échelle des escroqueries. Ponzi, connaît une première fois la prison pour un chèque frauduleux de 400 €. Libéré il tombe une nouvelle fois pour avoir trempé dans un trafic d’immigration d’ouvriers italiens et purge deux ans dans une prison d’Atlanta.

De retour à Boston, Charles Ponzi met au point sa fameuse “ Chaine ” en profitant de la déliquescence du climat économique de l’époque. En 1919, il lance son système basé sur la spéculation de coupons internationaux diffusés par l’Union postale internationale, de valeur d’achat variable suivant les pays et échangeables aux Etats-Unis à un taux supérieur. Cela lui permet d’offrir une rentabilité faramineuse à court terme aux investisseurs. Sa réussite ne dure pas, l’année suivante son système capote et après plusieurs procès, il est condamné à la prison. Libéré en 1934, exilé en Italie où Mussolini lui propose un poste aux finances de son gouvernement, il tente de nouvelles arnaques avant de partir pour le Brésil où ruiné, il meurt misérable dans un hôpital de Rio le 18 janvier 1949.

Sous la conduite de David Lescot cette épopée singulière tient de “ la pièce musicale et de l’opéra parlé”. Le récit est ainsi porté par dix comédiens – chanteurs – musiciens, interprétant une soixantaine de rôles avec vitalité et cohérence en apportant une lisibilité à chacun des personnages. Dans cette évocation, qui restitue le climat du début du XX° siècle, les escrocs croisent des gens de différent statut social et bien sûr les victimes flouées des petits épargnants. Les mécanismes des combines financières et du capitalisme sont clairement exposés. Sans appuyer sur les relations avec l’époque actuelle, mais en tendant un miroir en forme de rétroviseur. Avec fluidité, légèreté et humour, la représentation réunit les agissements publics à l’intime. C’est particulièrement le cas pour Ponzi, plus complexe qu’il n’y paraît, malgré ses manipulations et son appétit pour les jeux d’argent, à travers ses rapports avec sa mère Imelde, et son amour pour son épouse Rose.

Sur la scène, la scénographie modulable de Alwyne de Dardel, composée pour l’essentiel de quinze tables manipulées par les interprètes, s’inscrit dans ses dislocations et recompositions comme une métaphore du monde de la finance, en offrant des circulations et des cadrages profitables au jeu, sous les lumières de Paul Beaureilles. Au rythme des musiques de David Lescot (à la trompette ou à la guitare) entouré de musiciens, l’ensemble de l’interprétation fait preuve d’une belle homogénéité. Mention spéciale pour Scali Delpeyrat (Ponzi), Elizabeth Mazev (Imelde) Celine Millat – Baumgariner (Rose) et Charlie Nelson (stupéfiant de polyvalence), qui avec leurs compagnons contribuent à la belle réussite de ce spectacle.

© Pascal Victor

Le Système de Ponzi, texte, mise en scène et musique David Lescot, avec Scali Delpeyrat, Céline Millat- Baumgartner, Elizabeth Mazev, Charlie Nelson, Odja Llorca, Jean-Christophe Quenon, Marie Dompnier, Clément Landais, Virgile Vaugelade et David Lescot. Scénographie Alwyne de Dardel, lumières Paul Beaureilles, costumes Sylvette Dequest. Durée 1 h 50. Théâtre de la Ville (aux Abbesses) jusqu’au 10 février 2012. En tournée, La Halle au Grains – Blois le 17 février, La Manufacture – Nancy du 12 au 17 mars, Théâtre national de Strasbourg du 11 au 22 avril 2012.

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