La Tour de la Défense

Seventies, les années folles

La Tour de la Défense

C’était le temps où il était interdit d’interdire, c’était après mai 68 et avant le sida, un temps où l’on croyait que l’amour se consommait comme du coca, où l’on s’essayait à vivre en communautés « love and peace », un temps où les théâtres dits d’avant-garde et les nuits parisiennes avaient des parfums d’Argentine. Le temps du groupe TSE, un sigle qui volontairement ne voulait rien dire, mais qui désignait une bande d’artistes roulant les « r » et les hanches et qui fabriquait des spectacles comme on n’en avait jamais vu. A côté d’Alfredo Arias leur mentor, de Marucha et Facundo Bo, leurs stars, se cachait un petit prince au profil d’oiseau et au regard de faon, un bonhomme tout mince et flexible dont l’humour délirant allait faire exploser les esprits et les cœurs : Copi, un drôle de zigue qui dessinait pour Le Nouvel Observateur les aventures en impasse d’une grosse bonne femme assise pérorant avec un poulet et qui écrivait des poèmes, des romans et des pièces sans foi ni loi. D’Eva Peron qui fit scandale à Une Visite inopportune en passant par Les Quatre jumelles, Le Bal des folles ou La Tour de la Défense, le monde de Copi reproduisait sous l’effet de pétards, de verres grossissants, de miroirs déformants, l’inconsolable solitude des marginaux, des rebelles sans cause et des sprinters de mort.

Une présence habitée d’imprévu et de grâce

Quand Marcial di Fonzo Bo arriva en France, Copi avait déjà rejoint les paradis perdus des maladies d’amour, mais Facundo et Marucha, ses oncle et tante, lui racontèrent les folles années des seventies. Marcial devint le comédien que l’on connaît, une présence habitée d’imprévu et de grâce, un grand. Il ne pouvait qu’aimer Copi, comme l’avaient aimé tous ceux qui avaient eu la chance de le connaître. Il se glissa dans ses peaux de serpent et de rat, dans ses folies ricanantes, dans ses désespérances, lui consacra un portrait imaginaire, monta Eva Peron qui ne choqua plus personne. Puis La Tour de la Défense de façon magistrale comme personne, pas même son auteur, l’avait montée.
Paris 1976, le 31 décembre, au 13e étage d’une tour à la Défense, avec vue plongeante sur Paris illuminé et mobilier design. Un couple de garçons dans le vent se chamaille, l’un veut réveillonner, l’autre projette une drague du côté des Tuileries ou de la rue Sainte Anne, les quartiers gays de l’époque.

Un spectacle qui secoue, des rires aux larmes

Surgit une voisine sous acides, titubante, incohérente, semeuse de troubles, qui vient de lever sur le trottoir un jeune arabe sexy et bisexuel. Puis Micheline, travelo emperruqué, lèvres peintes et faux cils en bataille. La vie était comme ça, faite de rencontres improbables avec des gens encore plus improbables. Mais Copi, poète et visionnaire, va en faire un polar trash avec un enfant assassiné et un hélicoptère qui s’incruste dans une tour et la réduit en miettes...
Vingt-cinq ans, un quart de siècle avant le 11 septembre, des morts tombent comme des feuilles sous le vent. Marcial di Fonzo Bo en fait du cinéma, en gros plan, en direct, dans un espace qui s’insère entre les spectateurs, avec des comédiens d’un naturel confondant, Clément Sibony, Jean-François Auguste, Pierre Maïllet, Mickaël Gaspar et l’incroyable Marina Foïs, égérie des bas-fonds de came. La pudeur des impudeurs, le désir en liberté, le plaisir qui tue... Un spectacle qui secoue, des rires aux larmes.
A la création de La Tour de la Défense le public était composé d’une petite bande de mordus. A Bobigny, où la production de Marcial di Fonzo s’achève avant une tournée, on a affiché complet dès le premier soir. S’il savait qu’il est devenu une icône, ça le ferait bien rire, Copi !

La Tour de la Défense, de Copi, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo, décor Vincent Sautier, costumes Laure Mahéo, vidéo Bruno Geslin, lumières Maryse Gautier, son Teddy Degouys, avec Jean-François Auguste, Marcial di Fonzo Bo, Marina Foïs, Mickaël Gaspar, Pierre Maillet, Clément Sibony. MC93 à Bobigny, jusqu’au 23 avril. Tél. : 02 41 60 72 72 ; Théâtre National de Bretagne à Rennes du 10 au 21 mai. Tél. : 02 99 31 12 31 ; Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine du 24 au 27 mai. Tél. : 05 56 91 88 00

Photo : Pascal Victor

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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