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Critiques / Théâtre

L’Empire des lumières de Kim Young-ha

par Jean Chollet

Fractures politiques et sentimentales

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Chargé par le pouvoir de la République démocratique de la Corée du Nord d’infiltrer et d’espionner sa voisine du Sud, Kim Kiyeong a quitté Pyongyang depuis deux décennies pour vivre à Séoul, d’abord étudiant puis exerçant officiellement la profession d’importateur de films étrangers. Aux côtés de sa femme Mari, employée dans une concession automobile, et de leur fille, qui ignorent sa fonction secrète, il mène une vie quotidienne tranquille et banale. Au fil du temps, Kiyeong a obtenu une forme d’impassibilité apparente fruit de son effacement nécessaire et de son vide existentiel, apparemment oublié par ses supérieurs hiérarchiques, dont il n’a plus de nouvelles depuis dix ans. Pourtant, un jour, il reçoit un message codé sous la forme d’un haïku du poète japonais Matsuo Bashô, traduit “Abandonne tout et rentre immédiatement, cet ordre est irrévocable ”. Une journée particulière où tout va basculer pour Kim et Mari. Leurs dissimulations respectives et identitaires se révèlent, leurs mensonges disparaissent, des choix s’imposent, provoquant des déflagrations douloureuses confortant ou imposant des options de vies parallèles, dans le contexte de la réalité politique et sociale des deux Corées. Tel se présente le roman du journaliste et écrivain et sud-coréen Kim Young-ha (né en 1968) dont Arthur Nauzyciel offre une remarquable version scénique.

C’est à la demande du National Theater Compagny of Korea à Séoul, déjà côtoyé lors de sa présentation de Splendid de Jean Genet, que le metteur en scène et directeur de Théâtre national de Bretagne depuis janvier 2017, s’est livré à l’adaptation théâtrale de ce roman, exercice déjà employé par le passé pour Jan Karski de Yannik Haenel. Avec cette fois la collaboration de Valérie Mréjean, en ajoutant quelques notes complémentaires sollicitées auprès de ses interprètes. Dans le contexte historique de deux régimes politiques opposés et leurs répercutions sur la vie, les sentiments et réactions des citoyens concernés, la fiction s’aventure sur ces deux territoires. Sous la conduite de Arthur Nauzyciel, elle gomme dans sa représentation les débordements naturalistes, avec l’utilisation judicieuse de la vidéo soigneusement élaborée par Ingi Bekk et Pierre-Alain Giraud, pour l’essentiel utilisée dans une résonnance active avec la ville de Séoul, creuset révélateur des attitudes des personnages. Ceux-ci sont éclairés de subtiles plongées dans l’intime, l’amour ou la sexualité, dans l’expression, le jeu et le rythme calculé, des huit excellents comédiens coréens, dont la star locale Moon So-ri (Mari) et Ji Hyn-jun (Kim) tous deux magnifiques. Un beau spectacle parfaitement abouti aux accents émouvants.

© Philippe Chancel

L’Empire des lumières , d’après le roman de Kim Young-ha, (traduction française aux éditions Picquier) adaptation Valérie Mréjen et Arthur Nauzyciel, avec Ji Hyun-jun, Moon So-ri, Jung Seng-gil, Yang Dong-tak, Yang Savine Yang, Kim Jung-hoon, Lee Hong-jae, mise en scène Arthur Nauzyciel, scénographie Riccardo Hernandez, lumière et design vidéo Ingi Bekk, réalisation, image et montage vidéo Pierre-Alain Giraud, son Xavier Jacquot, costumes Gaspard Yurkievich. En coréen surtitré en français. Durée : 1heure 50. MC93 Bobigny jusqu’au 10 décembre 2017. Tournée en cours de programmation.

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