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Critiques / Théâtre

Ivresse(s) de Falk Richter

par Jean Chollet

Un appel débridé à changer le monde

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Bien connu sur nos scènes (Sous la glace, Electronic City, My Secret Garden, Je suis Fassbinder…) l’auteur et dramaturge allemand , 57 ans, porte, à travers toute son œuvre, un regard interrogateur et caustique sans concessions sur le monde contemporain. Avec Ivresse (Raush, 2011) il ne déroge pas à cette recherche et à son militantisme, en stigmatisant la violence d’un capitalisme ultralibéral, profiteur des crises économiques, qui pèse sur nos relations sociales, professionnelles, sentimentales ou sexuelles, et plus généralement sur nos comportements au quotidien et notre consommation. En attendant avec “ impatience le jour ou tout ça va s’effondrer et que quelque chose de nouveau apparaîtra et on regardera le passé sans comprendre comment on pouvait vivre ainsi … “. Comme l’énonce un narrateur en ouverture de cette pièce, il s’agit ici pour Falk Ritcher de “ Partir par l’écriture dans un autre monde.”.

En portant cette œuvre à la scène, Jean – Claude Fall lui a associé des extraits de deux autres textes de l’auteur, Play loud et Protect me , élargissant ainsi le registre successif d’histoires fragmentées, quitte à rompre avec sa structuration originelle. En ouverture, une relation visuelle est trouvée sous une pluie de pages blanches, première étape comme chacun sait de l’écriture, suspendues par la suite à des fils et servant de supports aux images vidéos des visages et des corps, partiellement captés depuis des Smartphones, outils de communication emblématiques dans l’air du temps. Pas de référence à la notion habituelle de décor théâtral sur le plateau, mais un espace en mouvement qui se construit et se déconstruit dans la légèreté avec une économie de moyens signifiante, en contre-point des propos de Richter. Il s’apparente à une installation de campement qui n’est pas sans faire affleurer le souvenir de celui occupé par le mouvement contestataire pacifique Occupy Wall Street en 2011 à New-York. Un champ de résonance adapté pour accompagner les évocations des situations rencontrées, par des couples, un père et sa fille, une consultation psychanalytique, ou colorées d’humour, comme ce projet de départ pour le Pôle nord soumis à une crainte de congélation.. Avec huit interprètes – dont le metteur en scène lui – même - porteurs d’une efficacité dynamique, les personnages, pas vraiment incarnés au sens classique du terme, se racontent surtout par la parole. Ils tissent ainsi un canevas en mesure de contribuer à une prise de conscience et accompagner le cheminement de la pensée vers un monde nouveau. Même si, on l’aura compris, le plus dur reste à faire.

Ivresse(s) de Falk Richter, texte français Anne Monfort ( L’Arche éditeur), mise en scène Jean-Claude Fall, avec Roxanne Borgna, Jean-Marie Debotte, Jean-Claude Fall, Isabelle Fürst, Paul-Frédéric Manolis, Nolwenn Peterschmitt, Laurent Rojol, Alex Selmane. Création Vidéo Laurent Deboffe. Durée : 1 heure 35.

Théâtre de la Tempête jusqu’au 17 décembre 2017

Photo © Marc Ginot

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