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Critiques / Opéra & Classique

Hamlet le retour

par Noël Tinazzi

Reprise à l’Opéra comique de la fabuleuse production d’« Hamlet », d’Ambroise Thomas.

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Il ne faut pas se laisser rebuter par le côté pompier du Hamlet d’Ambroise Thomas. Ni par la longueur (3h20 avec entracte) de ce grand opéra à la française en cinq actes sur un livret inspiré de Shakespeare. Il contient quelques pépites, particulièrement dans ses deux derniers actes, justifiant le retour en grâce de l’œuvre qui connut un grand succès à sa création, en 1868, avant de sombrer dans l’oubli au XXe siècle et de revenir sur les scènes lyriques au tournant des années 2000. Dont la production de l’Opéra comique en 2018 qui repasse pour une dizaine de jours dans la même salle. Avec les mêmes interprètes principaux qui firent merveille, et à leur tête Louis Langrée. Le chef tout récemment nommé directeur de l’Opéra comique dirige avec la même fougue l’Orchestre des Champs-Élysées et le chœur Les Éléments.

Tout contribue dans la mise en scène de Cyril Teste à rendre plus proche de nous le couple Ophélie/Hamlet sur lequel le livret de de Michel Carré et Jules Barbier s’est recentré, sacrifiant les aspects politiques de l’intrigue de Shakespeare. Avec les vidéos des protagonistes filmés le plus souvent en gros plans rapprochés, projetées sur le haut ou sur le fond de scène, on entre littéralement dans la tête des héros malheureux : Hamlet accaparé par le souci de venger la mort de son père, assassiné par son propre frère, lui volant sa couronne et son épouse. Quitte à négliger l’amour de la jeune Ophélie à qui il s’est promis.

Selon une technique désormais éprouvée, Cyril Teste multiplie les prises de vue, au risque parfois d’entraîner la dispersion de l’attention et de donner le tournis. Les séquences filmées en direct à même la scène ou préenregistrées investissent l’espace entier de la Salle Favart, loges, coulisses, travées, bar du foyer où Ophélie noie son chagrin dans le whisky !

Paire idéale

Mais tout cela ne serait rien sans le couple de chanteurs Sabine Devieilhe/Stéphane Degout qui revient et fera sans aucun doute date dans l’histoire de cet opéra, paire vocalement et scéniquement idéale pour le duo Ophélie/Hamlet. A 46 ans, le baryton français fait preuve d’une maîtrise confondante dans le rôle-titre qu’il a interprété maintes fois, avec un phrasé subtil qui ne cède rien à la puissance de projection. Quant à la soprano, elle incarne une Ophélie absolument déchirante, héroïne de notre temps à la voix flûtée, aux aigus souverains et à la plastique avantageuse. Particulièrement dans le quatrième acte qui lui est entièrement dédié où elle s’abandonne à la folie avant de se laisser glisser dans les eaux du lac bleu. Inoubliable !!!

Hamlet d’Ambroise Thomas, jusqu’au jeudi 3 février, à 20h (15h le dimanche) à l‘Opéra Comique, www.opera-comique.com
Direction musicale : Louis Langrée. Mise en scène : Cyril Teste. Décors : Ramy Fischler. Dramaturge : Leila Adham. Costumes : Isabelle Deffin. Lumières : Julien Boizard. Conception vidéo : Mehdi Toutain-Lopez. Cadreur-opérateur : Paul Poncet.
Avec Hamlet : Stéphane Degout. Ophélie : Sabine Devieilhe. Claudius : Laurent Alvaro. Gertrude : Lucile Richardot. Laërte : Pierre Derhet. Le Spectre : Jérôme Varnier. Marcellus/Second fossoyeur : Yu Shao. Horatio/Premier fossoyeur : Geoffroy Buffière. Polonius : Nicolas Legoux. Chœur Les éléments. Orchestre des Champs-Élysées.
Photo : Vincent Pontet

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