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Critiques / Théâtre

Democracy in America de Romeo Castellucci

par Jean Chollet

Des images d’une beauté pénétrante

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Pour cette évocation de la naissance de la démocratie américaine, le metteur en scène et plasticien italien s’est librement inspiré de l’ouvrage en deux volumes (1835 et 1840) d’Alexis de Tocqueville, philosophe, sociologue et écrivain français (1805 – 1859). Il résulte de ses observations et recherches effectuées lors de ses séjours aux Etats-Unis, de ses réflexions et analyses spécifiques et théoriques sur un régime politique en mesure d’établir de nouvelles conditions sociales égalitaires et libertaires, relevant à ses yeux d’une Révolution irrésistible , sans ignorer les éventualités, devenues prémonitoires, d’un potentiel évolutif défavorable. Dans le contexte historique et territorial du XIXème siècle, où réactions, luttes et affrontements, sont placés sous le signe de Dieu et du puritanisme ambiant, on pourrait trouver quelques analogies avec la présidence actuelle de Trump. Tel n’est pas le propos de Roméo Castelluci, qui ne tente pas d’actualiser ou d’illustrer la teneur de La démocratie en Amérique , mais chercher à savoir ce qu’est le mot “démocratie veut dire aujourd’hui et de faire le chemin de curiosité qu’a emprunté Tocqville… ”.


Connaissant l’artiste italien on ne pouvait s’attendre à ce que ses interrogations empruntent un cheminement classique ou convenu sur le plateau. Après une brillante parade rythmée, d’aspect militaire d’opérette, dont les participants vêtus d’uniformes blancs manipulent des lettres composant des anagrammes teintés d’humour liés au spectacle, deux tableaux dialogués s’inscrivent seuls une relation traditionnelle théâtrale. Dans le premier, deux représentants de la communauté amérindienne des Ojibwés, s’interrogent sur leur avenir, en particulier sur la perte éventuelle de leur identité et de leur langage auxquels ils sont très attachés. Le second met en scène un couple de paysans pauvres, très religieux, dont la femme a troqué sa jeune fille contre du matériel agricole et des semences, et apostrophe Dieu qui ne répond pas à ses appels jusqu’au blasphème, révélant au passage les contraintes de sa condition féminine. Le reste de cette évocation est surtout de nature visuelle, avec des apparitions parfois fantomatiques, renforcées par les effets floutés d’un film plastique en avant scène. Notamment lors des apparitions successives d’un groupe de danseuses, plus ou moins dénudées, dans des chorégraphies inspirées du folklore traditionnel européen. Des images superbes, aux frontières de l’onirisme, renforcées par des effets sonores et des musiques de Scott Gibbons, contribuant à susciter une relation sensorielle avec une représentation qui témoigne une nouvelle fois des qualités de plasticien de Roméo Castellucci. Avec une interprétation de qualité, entièrement féminine, il instaure ainsi un paysage mental, parfois mystérieux, dans lequel chacun peut alimenter ses questionnements et sa perception de la démocratie.

Democracy in America, texte Claudia et Roméo Castelluci, mise en scène Roméo Castellucci, avec Olivia Corsini, Guilia Perelli, Gloria Doriguzzo, Evelin Facchini, Stefania Tansini, Sophia Danae Vorvila et l’ensemble de douze danseuses. Décorateur Silvano Santinelli, costumes Grazia Bagnaresi, musique Scott Gibbons. Durée : 1 heure 45.
MC 93 – Bobigny jusqu’au 22 octobre 2017.

En tournée de novembre 2017 à février 2018 : Le Manège – Maubeuge, La Filature – Mulhouse, Beaulieu Scène nationale – Annecy, Comédie de Reims.

Photos Sylvain Thomas

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