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Critiques / Théâtre

Chez Mimi, d’Aziz Chouaki

par Jean Chollet

L’identité nationale au comptoir

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Fruit d’une commande passée à l’auteur franco-algérien Aziz Chouaki par la Compagnie Minuit 01, cette "comédie provençale ” évoque la problématique identitaire nationale, récemment mise en actualité non sans arrières-pensées ambigües. Il n’est pas question ici de prolonger un débat politique – qui a tourné court – et ses controverses, mais de poser un regard empreint d’une pointe d’affection, sur un microcosme multiculturel représentatif de la France du début des années 1960, marquées par la fin des “événements “et autre “pacification” en terre algérienne.

Car tout naturellement l’Algérie, dont Mimi est originaire, se trouve au cœur de cette histoire. Forte femme au grand cœur, elle a dû quitter son pays une vingtaine d’années auparavant, rejetée par sa communauté qui condamne l’amour qu’elle porte à un français – à l’époque, dans la paperasse administrative on précisait « de souche ». Elle l’a suivi en Provence, où ils tiennent dans un petit village un bistro, lieu de passage et de rencontres, surtout lors du bal du samedi soir. Au fil des années, Mimi (belle présence généreuse de Rayhana, par ailleurs auteure d’une pièce remarquée sur la condition de la femme algérienne, A mon âge je me cache encore pour fumer) n’a pas refermé toutes ses blessures malgré une intégration réussie, qui fait d’elle une personnalité centrale du village.

Autour d’elle, un mari empressé, deux couples et une bourgeoise fan du chanteur maison, témoignent de leurs sentiments et de leur quotidien, bientôt perturbé par une rumeur que Mimi se charge d’éclaircir, tandis que la radio commente l’évolution du conflit algérien et annonce la perspective de l’indépendance. Le tout ponctué de chansons en vogue à l’époque interprétées par un crooner – rockeur (Ricky Norton, remarquable).

Au regard de la thématique abordée et des grands questionnements qu’elle soulève, la pièce manque de profondeur et demeure trop souvent dans l’anecdote. On ne retrouve pas la densité et l’ironie tragique exprimées par Chouaki dans Les Oranges, Une Virée ou encore Les Coloniaux, et ses personnages – hormis Mimi – manquent singulièrement d’épaisseur. Dans ces conditions, la mise en scène de Frédérique Lazarini a du mal à accompagner le propos, et si elle tient ses distances avec un exotisme méridional, judicieusement conforté par le décor et les lumières de François Cabanat, la représentation reste au niveau d’un gentil divertissement plombé par une interprétation inégale.

Chez Mimi, d’Aziz Chouaki, mise en scène Frédérique Lazarini, avec Rayhana, Ricky Norton, Didier Lesour, Amélie Gonin, Fabrice Josso, Ian Fénelon, Alsa Agnès et Lydia Nicaud. Décor et lumière, François Cabanat, costumes Edouard Funck, chorégraphie Françoise Munch, son Joël Simon. Durée 1 h 30. Vingtième Théâtre, Paris, jusqu’au 30 octobre 2011

Photo Michel Marteau

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