Accueil > Amédée, texte et mise en scène de Côme de Bellescize

Critiques / Théâtre

Amédée, texte et mise en scène de Côme de Bellescize

par Jean Chollet

Le droit de mourir dans la dignité

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Amédée est un jeune homme plein de vie et de rêves, dont celui de devenir pilote de course en Formule 1 qu’il pratique en attendant mieux sur ses jeux vidéos. Il a une copine, Julie, avec laquelle il espère perdre son pucelage et lui propose un asile adapté dans la maison de sa mère, malgré les réticences de celle-ci. Un quotidien banal issu d’une réalité sociale précaire qui va bientôt basculer.

Un soir, au volant d’une voiture, Amédée heurte violemment un camion. Secouru par un capitaine de pompiers et ses adjoints, il est dirigé dans un état comateux vers un hôpital. Examens, diagnostic sans appel : moelle épinière touchée le garçon restera tétraplégique. S’amorce une période de soins au cours de laquelle Amédée arrive péniblement à communiquer à l’aide de pressions sur un alphabet électronique. Là s’arrête sa progression. Atteint au plus profond de son être il demande à mourir et sollicite, après les médecins, l’aide de sa mère.

Si cette histoire est librement inspirée par l’affaire Vincent Humbert , qui en 2003 avait fait grand bruit, la pièce écrite et mise en scène par Côme de Bellescize, ne se contente pas d’une évocation des faits mais tend un miroir éclaté des différents aspects d’une situation tragique. Du vécu de la victime et de son entourage à l’accompagnement médical – avec ses limites scientifiques et économiques - aux débats philosophiques qu’elle suscite. Sous une forme théâtrale captivante, les situations apparaissent entre humour et larmes comme autant de questionnements livrés aux spectateurs, sans stigmatisation superflue.

Dans une écriture sobre et vivace, s’inscrit le cheminement douloureux d’Amédée (Benjamin Wangermée, remarquable), à travers ses efforts physiques, son affrontement au regard des autres, son combat pour survivre et ses renoncements. Car si il a perdu sa mobilité, son esprit reste vif, et l’auteur a permis d’en suivre les fluctuations en lui associant un compagnon imaginaire Clov (Teddy Melis épatant) dont les diverses facettes accompagnent les souvenirs, les désirs et les fantasmes d’Amédée, jusque dans ses ultimes pensées. Tout en offrant un contrepoint révélateur au réalisme - ici mesuré - nécessité par les actions de la pièce. En échappant à tout pathos, celle ci fait preuve d’une délicatesse à même d’éveiller une compassion réfléchie, jusque dans l’accomplissement pourtant bouleversant du geste libérateur accompli par une mère accablée. (Maury Deschamps émouvante de retenue)

Aux côtés des comédiens cités, les apports de trois excellents interprètes sont parfaitement au diapason de la tonalité de la représentation (Eric Chalier, Eléonore Joncquez, Vincent Jonquez, dans plusieurs rôles). Elle trouve un support judicieusement adapté dans la scénographie dépouillée de Sigolène de Chassy, dont les éléments permettent des localisations successives avec fluidité et sans ostentation, sous les lumières de Thomas Costerg. Avec une utilisation mesurée et signifiante des vidéos de Ishrann Silgidjian, la musique originale de Yannick Paget, les costumes de Colombe Lauriot – Prévost et les créations sonores de Lucas Lelièvre, s’affiche la réussite d’une création intelligente et attachante, dont l’aboutissement résulte de l’osmose de l’ensemble de ses composants.

Amédée, texte et mise en scène Côme de Bellescize, avec Eric Challier, Maury Deschamps, Eléonore Joncquez, Vincent Jonquez, Teddy, Melis, Benjamin Wangermée. Scénographie, Ségolène de Chassy, lumière Thomas Costerg, son Lucas Lelièvre, musique originale Yannick Paget, costumes Colombe Lauriot-Prévost, vidéos Ishrann Silgidjian. Durée 1 heure 45. Théâtre de la Tempête jusqu’au 2 juin 2012.

© Antonia Bozzi

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.