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Critiques / Musique

Wonder.land

par Caroline Alexander

Alice au pays des www.merveilles.com

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L’idée de départ est savoureuse : transporter Lewis Carroll et sa légendaire Alice, au pays du numérique. Le résultat à l’arrivée manque de goût.

Née il y a 150 ans sous la plume de Charles Dogson dit Lewis Carroll, Alice ne traverse plus de miroir pour s’envoler au pays des rêves et des impossibles mais, métamorphosée en pop opéra par Damon Albarn traverse le temps et l’espace en cliquant sur son smartphone.

www est le nouveau mot de passe que lui a attribué Moira Buffini auteur du livret et des paroles de sa réincarnation dans les vents et modes du XXIème siècle. La métaphore poétique des rêves d’enfance devient une fable critique de la cyber-puissance qui domine le quotidien des ados d’aujourd’hui.

Elle s’appelle Aly, elle est une gamine de quartiers pauvres, transbahutée par des parents divorcés dans une nouvelle école où elle devient la tête de turc de trois pimbêches et où une prof hystérique lui confisque le smartphone qui est son unique échappatoire de la grisaille de sa vie. Quelques clics et la voilà en compagnie de son double convoité, Alice blonde, son avatar magique qui, en tutu bleu, volette d’énigmes en énigmes électroniques hissée sur des talons hautement compensés : à la rencontre de Dinah la chatte, du lapin blanc virtuel, de Dodo, de la Reine cœur, de la souris géante, de la chenille en phases de mutation. Mrs Manxome, la prof voleuse, devient à son tour addict à ce smartphone volé, pourvoyeur de sortilèges qui lui a trouvé dans les ondes une Alice rousse en guise d’avatar concurrent.

Moira Buffini plonge son Aly/Alice dans le social et les incontournables réseaux sociaux. Qui suis-je dans ce monde en 3D ?, se demande-t-elle. Brunette frisée, elle est de race mêlée, son papa est un marginal vagabond, sa maman ne s’intéresse qu’au dernier né, le petit frère Charlie qui vaut bien une chanson… Tous parlent et chantent dans les langages des caniveaux.

Slang et cockney sont dépassés en vulgarité dans les surtitres, un florilège de pétasses et de pets, de meufs qui niquent et font chier dans les couilles et les culs… On y kiffe, on y déconne plein les tronches… C’est zarbi jusqu’aux soutifs !

Sur le concept futé de transfert dans l’univers du numérique qui a envahi vies et pensées, les dialogues tout comme les textes des chansons rampent bas. En littérature, au théâtre, l’argot peut se draper d’humour et d’appas. Ici, par surcharge il se limite ici à la dérision.

Et la musique de Damon Albarn, le meneur des groupes Blur et Gorillaz, déçoit, bruyamment ronronnante avec quelques beaux airs – « Everyone loves Charlie » - mais pas le moindre hit à fredonner en quittant la salle. On est loin d’Un Américain à Paris, de West Side Story ou autre Sound of music qui ont triomphé au Châtelet.

Le spectacle heureusement a ses sauveurs et pas des moindres : la mise en scène inventive, trépidante, dansante de Rufus Norris, les décors de Rae Smith et les images en 3D qui forment un ballet surréaliste de clichés de notre temps, les lumières inquisitrices de Paule Constable, les costumes fantaisistes de Katrina Lindsay.

Et les interprètes au jeu déterminé qui grâce à la sono superpuissante du Châtelet expédie leurs songs jusqu’aux cintres, Aly toute en charme bougon de Lois Chimimba et l’Alice volante de Carly Bawden, le père paumé de Paul Hilton, la mère-poupoule de Golda Rosheuvel et l’irrésistiblement folledingue prof accro d’Anna Francolini. Grâce à eux Alice au pays des www a conservé une bonne dose de merveilles.

Wonder.land inspiré d’Alice au pays des merveilles et de De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll. Conception de Damon Albarn (musique et orchestration), Moira Buffini (livret et lyrics-paroles), Rufus Norris (mise en scène). Décors Rae Smith, projections vidéo « 59 Productions », costumes Katrina Linbdsay, lumières Paule Constable, chorégraphie Javier de Frutos. Avec dans les rôles principaux Hal Fowler, Lois Chimimba, Paul Hilton, Golda Rosheuvel, Carlu Bawden, Anna Francolini…

Théâtre du Châtelet – du 7 au 16 juin à 20h –samedi à 15 & 20h, dimanche à 15h.
01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

Photos Brinkhoff & Mögenburg

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