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West Side Story de Leonard Bernstein et Jerome Robbins

par Caroline Alexander

Cinquante ans d’âge et plus jeune que jamais

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Après Candide de Bernstein l’année dernière, le Châtelet affiche l’autre chef d’oeuvre du grand compositeur américain : la recréation à l’identique de la première et de la plus célèbre de ses comédies musicales. West Side Story, une légende de musique et de danse co signée par Leonard Bernstein et Jerome Robbins autour d’une histoire d’amour impossible et d’une guerre de gangs.

Le triomphe planétaire du film de Robert Wise avec Nathalie Wood et Georges Chakiris (1961) – record battu à Paris où il resta 5 ans d’affilée à l’affiche du même cinéma sur les Champs Elysées – avait presque fait oublier que West Side Story était avant tout un spectacle créé sur une scène de théâtre. A Broadway au Winter Garden Theatre, en septembre 1957, il y a tout juste cinquante ans ! Cela faisait deux ans que « Lenny » et « Jerry » – Bernstein et Robbins -, tous deux âgés de 25 ans, tous deux issus de l’immigration des juifs chassés d’Europe -, travaillaient sur le thème d’un Roméo et Juliette aux mesures de leur temps. A sa création, l’étrange objet né de leurs cogitations et de leurs rêves fit scandale. Un « musical » se terminant en tragédie et une musique mêlant le jazz, le folk et le grand opéra, on n’avait jamais ni vu ni entendu ça ! Puis l’histoire des Jets et des Sharks fit tache d’huile, les New-yorkais s’y reconnurent et après eux, le reste du monde. Les grands airs furent bientôt sur toutes les lèvres. Et le sont restés. Aujourd’hui comme hier, When you’re a Jet, Maria, Tonight, Something’s coming, I feel pretty, I like to be in America, Puerto Rico... mettent des fourmis dans les jambes et font valser les cœurs. Le temps de West Side Story est bien resté le nôtre.

Des bandes de jeunes regroupés autour de leurs caïds

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Crédit : Marie-Noëlle Robert

Le rideau se lève sur des gratte-ciel en perspective, un jeu d’échafaudages et d’échelles mobiles : trois accords d’un swing cinglant, quatre claquements de doigts et le tour est joué, on est pris jusqu’aux tripes. Un quartier pauvre de l’Upper West Side de Manhattan, comme n’importe quelle banlieue, des bandes de jeunes regroupés autour de leurs caïds, par affinités, origines, langue ou couleur de peau. Pour exister faut faire partie d’une famille « without a gang you are an orphan - sans clan t’es un orphelin » - il y a ceux du nord au teint clair et ceux du sud aux cheveux de jais, il y a les frères qui font la loi et marient leurs sœurs à des cousins et les filles qui revendiquent leur liberté, il y a les flics racistes qui menacent de nettoyage ethnique – "I got the badge, you got the skin – j’ai le badge, t’as la peau » ; Il y a Tony, diminutif d’Anton, un prénom qui fleure la Russie ou la Pologne, les pogroms et l’exil, il y a Maria, la Portoricaine qui vient de débarquer de son île où l’on ne saurait que faire d’une machine à laver car il n’y a pas de linge à laver… Et cet éclair qui leur tranche le cœur comme un laser, qui les illumine sans prévenir et sans précaution, l’amour au premier regard, le coup de foudre la certitude que c’est lui, que c’est elle, que c’est écrit… Mais la guerre des clans, le refus de l’autre, la peur de la différence et la violence des déshérités mettront fin à la plus belle des romances. Deux coups de couteau et un coup de feu, trois morts… On a 15 ans encore et des larmes.

Vingt ans d’âge moyen et renversants d’énergie

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Crédit : Marie-Noëlle Robert

Joey McKneely, ancien danseur et ami de Jerry Robbins a fidèlement reconstitué l’esprit et les époustouflantes chorégraphies de l’original. Avec deux, trois touches de modernité justifiée, notamment dans les costumes et les mouvements des décors. Dans les traces que gravera l’histoire de la culture américaine, les ballets seront à jamais en première ligne. Nulle part ailleurs on n’a réussi à faire bouger des ensembles avec une telle efficacité, une telle rigueur tracée au millimètre. La troupe réunie pour cette tournée anniversaire n’a même pas vingt ans d’âge moyen. Du premier au dernier rôle, ils sont renversants d’énergie, de rythme, de précision. Tous chantent et dansent avec le même entrain contagieux : Spencer Howard, le rouquin et Gabriel Cannet à peau dorée en caïds rivaux, Lana Gordon au corps de panthère à la voix et au jeu de feu, Davinia Rodriguez/Maria fragile et David Curry/Tony idéaliste, tous deux issus de théâtre lyrique, trente garçons et filles et autant de musiciens font de ce spectacle un bonheur.

Un seul regret : la sonorisation assourdissante du Châtelet et la question récurrente chaque fois que ce théâtre y fait appel. Est-elle bien nécessaire ? Superflue pour l’orchestre et trop souvent mal réglée pour les chanteurs. Mais la fête est si belle qu’on finit par l’oublier.

West Side Story de Leonard Bernstein et Jerome Robbins, livret de Arthur Laurents, lyrics de Stephen Sondheim. Reconstitution réglée par Joey MacKneely pour la mise en scène et la chorégraphie, Donald Chan pour la supervision musicale et la direction d’orchestre, décors de Paul Gallis, costumes Renata Schmitzer, lumières Peter Halbsgut, son Rick Clarke. Avec, en alternance David Curry et Sean Attebury pour Tony, Davinia Rodriguez et Ann McCormack pour Maria, Lana Gordon et Vivian Nixon pour Anita. Et Spencer Howard/Riff, Gabriel Cannet/Bernardo, Herman Petras/Doc, Eric Hoffman/Krupke, et 30 garçons et filles, Jets et Sharks…
Théâtre du Châtelet - jusqu’au 1er janvier 2008 – 01 40 28 28 40 - www.chatelet-theatre.com

Crédit photos : Marie-Noëlle Robert

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