Accueil > WERTHER de Jules Massenet

Critiques / Opéra & Classique

WERTHER de Jules Massenet

par Caroline Alexander

Roberto Alagna rayonnant, Michel Plasson en confidence passionnée : la belle reprise d’une production phare

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Il s’était fait déclarer souffrant avant le début du spectacle et ce n’était sans doute pas une simple esquive mais peut-être le résultat de cette douleur qu’on appelle le trac. Car, réapparaître sur la scène de l’Opéra National de Paris, dans un rôle où Jonas Kaufmann triompha il y a tout juste 4 ans (voir WT 2153 du 28 janvier 2010) devait forcément éveiller des barbouillis au creux du ventre. Et de fait - « je ne sais si je veille ou si je rêve encore… » – son premier air fut empreint d’une sorte de timidité, brouillé même d’un petit vibrato… qui ne dura guère. Très vite, Alagna redevint Roberto le magnifique, ténor à la voix solaire, à l’impeccable diction et au jeu engagé.

Le plaisir de revoir le chef d’œuvre de Massenet dans la simplicité de la mise en scène du cinéaste Benoît Jacquot reste donc intact. On pourrait même ajouter que son premier degré de lecture et de réalisation a pris avec le temps la patine d’un bel ouvrage, quelque chose de direct et sans détour qui se démarque des transpositions dans le temps et l’espace qui, à l’opéra comme au théâtre, sont devenus les impératifs de la nouveauté. Avec de belles réussites et pas mal de dérapages. En suivant au plus près les directives du livret Benoît Jacquot et Charles Edwards son décorateur ont accompagné le destin de Werther à la façon d’un reportage. Une vie et ses amours malheureuses filmées caméra au poing. Tout semble vrai, les murs, les fontaines, les dallages, les portes, les fenêtres, le clavecin jusqu’à la chambrette où le héros va rendre l’âme qui, dans les flots de neige qui tombent des cintres, s’avance doucement vers l’avant-scène.

De toutes les productions programmées par Nicolas Joël celle-ci comptera parmi comme l’une de ses productions phare.

Le rôle-titre n’est pas le seul qui ait changé d’interprète. Jean-François Lapointe succède à Ludovic Tézier et campe Albert, le mari jaloux, d’une voix ferme et d’un jeu plutôt distant, presque indifférent. Après Alain Vernhes, Jean-Philippe Lafont s’amuse à composer un bailli bonhomme au grand cœur. Anne Catherine-Gillet cède les émois de Sophie à Hélène Guilmette qui l’avait déjà incarnée à la Monnaie de Bruxelles en 2007 (voir WT 1335 du 20 décembre 2007). Sept ans plus tard, le timbre est toujours cristallin, il s’est même affiné et si son personnage d’ado à peine sortie de l’enfance reste naïf, il semble moins dupe.

Karine Deshayes enfile les habits, et les chagrins de Charlotte, l’amoureuse déchirée qu’avait interprétée Sophie Koch. Elle lui confère une énergie peu commune, une présence dense, et la large palette d’une voix aux aigus veloutés et aux graves nocturnes.

Le couple Alagna-Deshayes fonctionne sur l’émotion, sur l’attente, sur le désir refoulé. Leurs duos vocalement enlacés – « pourquoi me réveiller ô souffle du printemps « - et la mort de Werther, la plus lente agonie du répertoire lyrique, saupoudre des frissons dans la salle.

Michel Plasson, l’autre grande star de cette production, faisait déjà voleter sa baguette en 2010. Il reprend sa place dans la fosse, et, en connivence avec l’excellence de l’orchestre de l’opéra, se met au service de Massenet, d’abord en confidence et en pastels jusqu’aux couleurs feu de la braise. Et remporte un joli triomphe auprès du public.

Werther de Jules Massenet, sur un poème d’Edouard Blau, Paul Milliet, et Georges Hartmann d’après Les souffrances du jeune Werther de J. W. Goethe, orchestre de l’opéra national de Paris, direction Michel Plasson, maîtrise des Hauts de Seine et chœur d’enfants de l’opéra national de Paris, mise en scène Benoît Jacquot, décors Charles Edwards, costumes Christian Gasc, lumières André Diot d’après Charles Edwards. Avec Roberto Alagna (et Abdellah Lasri le 12 février), Karine Deshayes, Jean-François Lapointe, Jean-Philippe Lafont, Hélène Guilmette, Luca Lombardo, Christian Tréguier, Alix Le Saux, João Pedro Cabral .

Opéra Bastille, les 22, 25, 29 janvier, 5, 9 février à 19h30, les 19 janvier, 2 et 12 février à 14h30.

08 92 89 90 90 - +33 (0)1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos : Julien Benhamou/Opéra National de Paris

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

1 Message

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.