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Critiques / Théâtre

Une contrée sauvage appelée courage de et par Pol Pelletier

par Jacky Viallon

Titre auquel vous avez échappé « Pol Pelletier lève le rideau rouge »

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C’est effectivement, sauf ignorance de notre part, un des rares spectacles dit « engagé » qui se produit sur une scène parisienne ( Géographiquement c’est Paris : le théâtre de La Girandole est précisément au pied du métro Croix de Chavaux quartier de Montreuil porte de Paris. On donne à parier que dans 5 ans à peine le quartier sera estampillé « Bobo-chico-Nono » et qu’on y mangera debout dans de lilliputiennes soucoupes de petits cubes de poissons crus déguisés en bonbons.
Comment ? Vous avez dit Sushi ! Mais prolongez donc les « i » pour faire tendance !

Bon ! Cessons plutôt de nous amuser d’amusement et évitons ce genre de déviation touristique qui pourrait faire hausser les épaules des penseurs patentés. Toutefois on a le temps de glisser qu’à ce jour le quartier est sympathique et populaire, truffé de petits restos à prix modéré et assiette bombée.
Mais abandonnons la chronique pour reprendre les rênes du spectacle de Pol.Pelletier. Il est vrai qu’il faut déjà beaucoup de courage ( c’est dit dans le titre ) pour monter sur une scène et qu’il faut encore beaucoup plus de courage pour s’y trouver face au public et lui distiller, lui effeuiller ,au nez et à la barbe et dans le pense-bête, les différents malentendus du monde que l’on essaye de bourrer dans sa poche en étouffant l’affaire d’un joli mouchoir lavandé en eau de Cologne vendue en flacon de 250 ml.

« Alors que faire contre l’indifférence, l’acception de l’imbécillité, de la soumission et du non-respect de l’autre ? » se dit Pol Pelletier. C’est toutes ces impressions et expressions qui nous semblent se terrer dans ce spectacle. Il se veut un cri, un cri tentant d’expulser certaines images encore non acceptées du passé rappelant notamment la construction du Québec à moitié fondée sur une sorte d’esclavagisme douteux.

Pour se faire l’artiste aux multiples techniques transgresse ou revêt plusieurs personnages : du clochard effrangé quasiment céleste, à l’exceptionnelle et ineffaçable image d’un bateleur de cabaret d’époque expressionniste.
Sur le plan formel, notre soliste nous accroche à la réalité du plateau par sa diversité technique : théâtre, danse, chant sont imbriqués dans une apparente fluidité qui accrédite largement notre attention. Ce qui est également intéressant, c’est la manière dont cette grande dame fait glisser le réel dans l’imaginaire et inversement, sans que soit altérée la pertinence quasiment politique de sa prestation par cette alternative d’écriture.
On ne peut pas alors faire l’impasse de penser au Théâtre-Conférence que présentaient Dario Fo et sa compagne Franca Rame qui se trouvaient dans une urgence à dire à cause de la traque politique qui les menaçait. Bien sûr pour Pol Pelletier sa situation est certes plus confortable mais elle aussi, et on le ressent en tant que spectateur, est dans l’urgence de dire, de parler comme Shéhérazade. Elle est semble-t-il dans sa mission personnelle en état d’urgence d’énoncer ( dénoncer ), de faire sortir les ignorances. Cette démonstration bien qu’elle soit d’ordre purement laïc s’assimile aisément au mode incantatoire, elle accompagne dans le cri Artaud ou celui du silence déchirant de la toile « le cri « du peintre Edvard Munch .
Pour porter cette multitude de cris Pol Pelletier endosse et fait glisser sur scène différentes incarnations qui donnent une sorte de souffle intérieur qui déplace, balaye au sens venteux du mots des arguments, des blessures qui trouvent une certaine résonance assez troublante dans le paysage contemporain moderne. Et puis comme chez les clowns elle a son faire valoir : l’accordéoniste, Alan Madec, qui s’impose dans une discrétion à la fois pudique et osée. Il suit et accompagne sa musique qui semble s’envelopper et s’accrocher dans les branches tourmentées que sont les bras de ce personnage, sa partenaire, presque en arabesques .
Car il est vrai que sur scène Pol Pelletier noue et dénoue, roule et déroule sans contrainte apparente son corps dans les entrelacs subtils et ciselés de son texte.

Il faut dire qu’elle a un beau flot de mots à libérer sur les rives des fleuves de son pays d’origine qu’est le Quebec et que de plus elle est tout enivrée de « Bretagne » son pays d’adoption. Puis elle a emporté des brins de mémoire de quelques amis poètes dont elle rend scéniquement hommage. C’est là son ouverture sur les autres : Pol Pelletier cite alors ses congénères artistes et va même en chercher certains drapés dans leur timide modestie.

Alors tout d’un coup comme dans une conversation courante elle enchaîne sur le texte de ses protégés. On pense à ces deux textes : « Les vaches de nuit » de Jovette Marchessault et « Elègie au génocide des nasopodes » de Michel Garneau qui par sa facture nous rappelle un peu Henri Michaud. Elle ne le joue pas, elle nous le lit comme si elle était empêchée par une extrême pudeur a nous faire comprendre qu’elle admire tellement cette écriture qu’elle nous l’offre avec la distance qu’autorise la lecture .

Etrange personnalité tout de même que cette grande dame habillée de noir qui joue à la fois d’une arrogance simulatrice et qui se cache derrière des personnages tel qu’un bateleur de foire ou un prince clochard, mendiants de la nuit qui nous font comprendre dans les ténèbres les déchirures de ce monde .

Allez vite la voir, d’autant plus que vous découvrirez ce nouveau lieu :
Le Théâtre de la Girandole. 4 Rue Edouard Vaillant 93 100 Montreuil. Pour connaître leur programme allez sur :
http://theatre.girandole.free.fr
c’est jusqu’au 25 novembre demander jours et horaires au théâtre : 01 48 57 53 17

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