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Critiques / Théâtre

Une confrérie de farceurs

par Caroline Alexander

Joyeuses Paillardises médiévales

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Il souffle un petit vent de potaches en liberté dans les murs du Vieux Colombier, deuxième salle de la Comédie Française. Quelque chose qui ressemble à ces fêtes de théâtre universitaire telles qu’elles se pratiquaient dans les années cinquante et soixante du dernier siècle. Le goût d’une provocation bon enfant, la santé des blagues de cul et de cocu, le bien boire et le bien manger. Ripaille et gaudriole furent en ces temps lointains du Moyen Age et de la Renaissance conjugués en langue savante octosyllabique. Il y a une dizaine d’années, le comédien, dramaturge et prof d’études théâtrales Bernard Faivre en traduisait en français d’aujourd’hui une grosse brassée qui fut éditée en deux volumes par l’Imprimerie nationale.

Deux gourmets en langue "françoise" et farces et attrapes

En ouverture de la saison 2007/2008, une bande de sociétaires et pensionnaires du Français décida de leur redonner vie et vigueur sous la férule de deux gourmets en langue « françoise » et farces et attrapes, François Chattot et Jean-Louis Hourdin. Pour garder à l’enjeu fraîcheur et jeunesse, ils enrôlèrent une poignée d’acteurs du Jeune Théâtre National : Au total quatre grands pros estampillés Comédie Française, quatre jeunes recrues et, en prime, un ancêtre, pionnier de la décentralisation théâtrale, le toujours vert Jacques Fornier.

Les anneaux d’un chapelet de gaudriole et de claques

Leur invitation au rire et au pince-fesse démarre dès le foyer d’accès au théâtre où ils viennent, costumés et grimés, saluer les spectateurs à la manière des bateleurs de foire. Sur scène, des tréteaux rudimentaires recréent l’ambiance de ces spectacles nomades qui venaient autrefois égailler les noces et les banquets, ou s’insérer entre deux mystères.
Tout est enlevé à un rythme pétaradant, les anecdotes s’enchaînent comme les anneaux d’un chapelet de gaudriole et de claques. La langue est crue et drue, on baise, on pète, on fait pipi-caca comme on respire, l’amour et l’humour se déclinent en dérision et charges fantastiques. Impossible de résister à tant de bonne humeur leste et friande.

La trogne et les joues en feu

Les comédiens formidablement huilés et précis, chantent, dansent et jouent avec un plaisir communicatif. Pierre Vial , Roger Mollien, la trogne et les joues en feu, épaulent les jeunes premiers campés en folie par Félicien Juttner et en benêt paisible par Stéphane Szestak. Eloïse Brunet et Priseille Cuche aguichent tous charmes dehors, Stéphane Varupenne fait le cheval à coup de cul et de crinière… Catherine Hiégel, au sommet de sa forme, mène le jeu, à la fois entremetteuse, mère maquerelle et chef de gang.
C’est elle qui ouvre le feu et le jeu avec un texte de Dario Fo, La Naissance du Jongleur. Un monologue au masculin, humaniste, dénonciateur et pourtant plein d’espoir qu’elle s’approprie comme s’il avait été écrit pour elle. Poignante et drôle, tout simplement magnifique.

Une Confrérie de Farceurs, d’après l’anthologie Les farces, Moyen Age et Renaissance rassemblés et traduits par Bernard Faivre. Mise en scène François Chattot et Jean-Louis Hourdin. Avec Catherine Hiégel, Pierre Vial, Roger Mollien et Stéphane Varupenne de la Comédie française, Eloïse Brunet, Priseille Cuche, Félicien Juttner, Stéphane Szestak du Jeune Théâtre National de la région de Bourgogne. Et Jacques Fornier, invité d’honneur.
Théâtre du Vieux Colombier, du 19 septembre au 27 octobre, du mercredi au samedi à 20h, les mardis à 19h et les dimanches à 16h. – 01 44 39 87 00

Photo Brigitte Enguérand

Légende de gauche à droite : Eloïse Brunet, Pierre Vial et Stéphane Varupenne

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