La Flûte enchantée de Mozart, à Nantes le 24 mai

Une Flûte en plastique

Après La Traviata en janvier, Angers Nantes Opéra présente une nouvelle pièce majeure du répertoire : La Flûte enchantée.

Une Flûte en plastique

LA MISE EN SCÈNE DE MATHIEU BAUER FOURMILLE d’idées et plonge cette Flûte dans une fête foraine, univers d’apparat éphémère, de naïveté et de faux-semblants. Sarastro y est un capitaine séducteur à la tête d’une équipe d’afficionados version Star Trek en uniformes sportifs floqués d’un logo maçonnique ; la Reine de la Nuit est une héroïne féministe de western ; Papageno et Papagena sont habillés de tissu léopard et de cuir à volants de tulle ; Monostatos et ses esclaves sont des mécanos tachés de cambouis. Chantal de La Coste-Messelière signe ces costumes aux directions multiples, orientées années 1960.

Le décor est frais et coloré de jaune, de violet et d’orange. Un plateau circulaire tourne sur son axe, décoré de trois éléments majeurs ornés de « cabochons », les lumières des manèges : un train fantôme dont la proue est une tête de mort à la bouche ouverte et fumante, un stand de friandises et une cabine métallique. Derrière au loin, sur une grande roue scintillante, on lit en lumière blanche « Die Zauberflöte ». Si ce décor unique se décompose en tableaux variés, après avoir été tourné dans tous les sens et montré sous tous ses jours, il s’essouffle. Cet opéra de mouvement et de quêtes est coupé dans son élan par ce décor centré sur lui-même. Et puisqu’ici tout est symbole, la flûte magique est un jouet en plastique vert.

Le travail de William Lambert aux lumières est probant dans la création de ces atmosphères, fringante dans la première partie, déclinante dans la seconde. Mathieu Bauer sollicite Florent Fouquet pour la vidéo, qu’il insère à plusieurs reprises : le feu et l’eau lors des épreuves, des images de fast-food lorsque la faim taraude Papageno, ou bien les visages des trois chanteuses sur des ballons gonflés à l’hélium. On se questionne sur l’apport réel de ces images projetées.

La dérision préférée à la gravité ?

Quelle cohérence retenir de ce tout foisonnant ? C’est ici que l’on bute. Le choix d’insouciance et de féerie en trompe-l’œil ampute le livret de sa profondeur et de sa force même : celle de pouvoir – ou de devoir – convoquer les strates de sens dont La Flûte enchantée tire sa richesse.

C’est à Lila Dufy qu’est donné d’incarner celle dont les deux airs sont aussi attendus que périlleux. La soprano française fait preuve d’un respect de la phrase et des aigus ciselés. On ne sent toutefois ni l’urgence, ni la colère, qu’appelle la Reine de la Nuit, notamment dans un « Der Hölle Rache » élégant mais sans mordant. Élodie Hache, Pauline Sikirdji et Laura Jarrell interprètent les trois Dames avec réussite grâce à des voix claires et complémentaires.
Avant de faire entendre ses qualités vocales, Nathanaël Tavernier montre un jeu d’acteur plein d’assurance et de facétie ; on goûte son aisance dans le rôle de Sarastro et sa voix bien timbrée. Damien Pass interprète un Papageno drôle et attachant. Le baryton-basse franco-australien occupe la scène avec une faconde décomplexée et un allemand excellent. Amandine Ammirati lui donne le change en une Papagena au chant assuré, et Benoît Rameau se montre convaincant dans le « Alles fühlt der Liebe Freuden » de Monostatos.

On demande de la fièvre

Elsa Benoit se démarque avec sincérité en Pamina, grâce à des phrases tenues et une expressivité idoine pour le rôle. La soprano française fait entendre un allemand maîtrisé qui n’a pas à rougir devant celui de Maximilian Mayer, pour la première fois en Tamino en France, dont la voix est claire et bien projetée, et les médiums soutenus contrastant avec des aigus parfois plus fragiles, notamment dans les forte.

Les bons chefs ne sont-ils pas ceux qui se font remarquer autant qu’ils se font oublier ? Au pupitre, Nicolas Ellis, nouveau directeur musical de l’Orchestre national de Bretagne, dirige cette Flûte avec précision et allant. Il manque peut-être à ce tableau instrumental davantage d’éclat, d’ombre et de fièvre, mais est-ce le choix du chef ?

Quant au Chœur Mélisme(s) dirigé par Gildas Pungier, il prend toute sa part tant musicalement que scéniquement. Soulignons aussi la qualité des trois chanteuses de la Maîtrise de Bretagne dans le rôle des Knaben.

Crédit photo : Laurent Guizard

Mozart : La Flûte enchantée. Avec Maximilian Mayer (Tamino), Elsa Benoit (Pamina), Damien Pass (Papageno), Amandine Ammirati (Papagena), Nathanaël Tavernier (Sarastro), Benoît Rameau (Monostatos), Lila Dufy (La Reine de la nuit), Élodie Hache (Première Dame), Pauline Sikirdji (Deuxième Dame), Laura Jarrell (Troisième Dame), Thomas Coisnon (Premier prêtre / Deuxième homme d’arme / Orateur), Paco Garcia (Deuxième prêtre / Premier homme d’arme). Mise en scène : Mathieu Bauer ; scénographie et costumes : Chantal de La Coste-Messelière ; lumières : William Lambert ; vidéo : Florent Fouquet. Coproduction Angers Nantes Opéra, Opéra de Rennes ; décors et costumes fabriqués par les ateliers de l’Opéra de Rennes. Chœur de chambre Mélisme(s), dir. Gildas Pungier ; Maîtrise de Bretagne, dir. Maud Hamon-Loisance ; Orchestre national de Bretagne, dir. Nicolas Ellis.
Nantes, Théâtre Graslin, 24 mai 2025. Représentations suivantes : les 26, 28 et 30 mai, 1er juin à Nantes ; les 16 et 18 juin à Angers. Cette Flûte enchantée sera présentée sur grand écran le 18 juin, place du Ralliement à Angers, ainsi que dans plus de 20 villes de la région.

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Quentin Laurens

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