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Critiques / Théâtre

Un chapeau de paille d’Italie de Eugène Labiche et Marc Michel

par Jean Chollet

Cauchemar burlesque et délirant

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Un matin, le cheval de Fadinard mange le chapeau de paille d’une jeune femme, Anaïs Beauperthuis, en rendez-vous avec son amant légionnaire dans les buissons du bois de Vincennes. Voilà le cavalier contraint, le jour de son mariage avec Hélène, fille de Nonancourt pépiniériste à Charentonneau, de se procurer, sous la menace, un chapeau identique pour sauver la réputation de sa propriétaire. S’engage alors pour le futur époux une course folle et cauchemardesque durant laquelle, flanqué de sa belle-famille et de ses invités, il croise une modiste qui fut sa maîtresse, la baronne de Champigny en mal de Bel canto, puis sa nièce qui n’est autre que la titulaire du chapeau disparu accompagnée de son mari soupçonneux. De rebondissements en quiproquos et autres avatars, clôturés par un ultime coup de théâtre, la situation s’achèvera au mieux pour la paix des ménages.


Cette pièce en cinq actes, datée de 1851, écrite par Labiche avec la complicité de l’un de ses collaborateurs attitrés, Marc Michel, témoigne de la précision d’une mécanique qui a offert au vaudeville une dimension nouvelle aux lisières de l’absurde, dans sa peinture des conventions et des travers de la bourgeoisie du XIX° siècle. Une étape marquante dans une œuvre prolifique, suivie notamment de L’Affaire de la rue de Lourcine (1857), Le Voyage de Monsieur Perruchon (1860), La Station Champbaudet ( 1862) ou de La Cagnotte (1864), qui ont fait régulièrement l’objet de recréations durant ces dernières décennies.

Pour son entrée à la Comédie-Française, le metteur en scène italien Giorgio Barberio Corsetti ne procède pas à proprement parler à une relecture dans le sens généralement appliqué à une œuvre classique. Il effectue surtout une transposition dans les années seventies, localisées par les musiques d’un trio de musiciens épatants et les costumes expressifs et cocasses de Renato Bianchi, en enchaînant avec brio à un rythme endiablé les actions et les ressorts portés par la pièce. Dans un décor en constantes transformations (Giorgio Barberio Corsetti et Massimo Troncanetti), dont les éléments et accessoires constituent des partenaires de jeu et contribuent à la dimension burlesque – ou parfois onirique - d’une représentation réjouissante.

Mais l’un des grands plaisirs de ce spectacle, tient surtout dans l’interprétation de la quinzaine de comédiens du Français, toutes générations confondues, réunis comme il se doit dans un bel esprit de troupe. Ils mêlent avec bonheur à leur jeu une vitalité et engagement corporel souvent virtuose, l’interprétation de chansons et de chorégraphies, affichant ainsi une palette de leurs divers talents pas toujours aussi pleinement exploités. Parmi eux, Pierre Niney, jeune pensionnaire depuis 2010, campe un Fadinard de haute volée, Christian Hecq confère à Nonancourt une apparence grotesque du plus haut comique, Danièle Lebrun, est une fine et subtile comtesse, et l’ensemble de leurs partenaires est à l’unisson. Tous méritent un grand coup … de chapeau.

@ Christophe Raynaud de Lage

Un chapeau de paille d’Italie de Eugène Labiche et Marc-Michel, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti avec Véronique Vella, Coraly Zahonero, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Léonie Simaga, Nicolas Lormeau, Gilles David, Christian Hecq, Nâzim Boudjenah, Félicien Juttner, Pierre Niney, Adeline D’Hermy, Danièle Lebrun, Eliot Jenicot, Louis Arene, et les élèves comédiens de la Comédie-Française, Laurent Cogez, Carine Goron, Lucas Hérault, Blaise Pettebone avec les musiciens Christophe Cravero, Hervé Legeay et Hervé Pouliquen. Scénographie Giorgo Barberio Corsetti et Massimo Troncanetti, costumes Renato Bianchi, lumières Fabrice Kebour, musique Hervé Legeay. Durée 2 h 30 avec entracte. Jusqu’au 7 janvier 2013, Comédie – Française – Théâtre éphémère.

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