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Critiques / Opéra & Classique

Un Zoroastre royal

par Christian Wasselin

La tragédie lyrique de Rameau trouve son cadre idéal à l’Opéra royal de Versailles.

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IL EST TOUJOURS PASSIONNANT de refaire l’histoire de la musique, d’essayer de deviner comment certains compositeurs ont écouté leurs pairs, comment ils ont œuvré à leur tour, comment ils sont allés ailleurs ou ont creusé à leur manière le même sillon. Ainsi, écouter Zoroastre (créé en 1749) à l’Opéra de Versailles (lieu idéal pour ce type d’ouvrage) après avoir entendu Armide de Gluck (créée en 1777) à la Philharmonie de Paris, permet de reconstituer une partie du destin de la tragédie lyrique française.

Avec Zoroastre, Rameau a brillamment illustré un modèle, voire fixé un archétype : une partition en cinq actes (mais sans prologue), sur un livret de Louis de Cahusac, des personnages mythologiques, des séismes et des tempêtes, et à la fin une victoire du Bien sur le Mal. Car nous sommes là dans un opéra maçonnique (Zoroastre n’est autre que Sarastro) qui est l’occasion pour Rameau d’imaginer toutes les couleurs, tous les éclairages ; d’où l’abondance des pièces instrumentales qui, entre les parties chantées, lui permettent de donner toute sa verve mélodique et rythmique, et de faire chanter son orchestre où l’on compte notamment quatre flûtes (ce qui est considérable), deux clarinettes (ce qui est nouveau au mitan du XVIIIe siècle) et tout un appareillage de percussions traité avec une imagination délicieuse.

Raphaël Pichon, dès la prodigieuse et nerveuse ouverture, emmène son Ensemble Pygmalion avec beaucoup d’animation. C’est la condition sine qua non pour rendre justice à cette musique qui n’est que gravité légère et ne demande qu’à s’appuyer sur tous les rythmes de la danse pour mieux trouver son envol.

Le Doux et le Mal

Zoroastre, c’est aussi un ensemble d’airs on ne peut plus contrastés, confiés à des chanteurs auxquels le compositeur demande beaucoup d’engagement. Dans le rôle-titre, Reinoud van Mechelen incarne moins le Bien qu’une certaine douceur magnanime, avec le timbre moelleux qu’on lui connaît. En face de lui, Nicolas Courjal (Abramane, son rival) nous dit un peu trop vite, dans les premières scènes, qu’il est le Mal, mais peu à peu abandonne ses accents trop méphistophéliques (« Cruels tyrans qui régnez dans mon cœur ») jusqu’à ses derniers instants (avec Érinice et la Vengeance), qui ont une fort belle allure. Si le rôle d’Érinice, précisément, est traité de manière un peu uniforme par Rameau (Emmanuelle de Negri lui rend toutefois justice avec une belle justesse), c’est Amélite qui tient le rôle le plus développé et le plus émouvant de la partition. Des airs comme « Reviens, c’est l’Amour qui t’appelle » (au premier acte) ou, plus encore, « Non, ce n’est pas toujours pour ravager la terre » (au deuxième) sont en soi des bijoux, mais on aimerait un timbre plus opulent que celui de Katherine Watson qui, fine musicienne par ailleurs, donne du personnage une image un peu trop éthérée.

Le reste de la distribution apporte sa part d’énergie à une soirée qui, d’acte en acte, gagne en souffle et en tension. Loin des conventions de l’opéra seria, la tragédie lyrique alla Rameau est toujours une architecture festonnée de surprises.

illustration : Zoroastre vu par Raphaël dans L’École d’Athènes

Rameau : Zoroastre. Reinoud van Mechelen (Zoroastre), Katherine Watson (Amélite), Nicolas Courjal (Abramane), Emmanuelle de Negri (Érinice), Christian Immler (la Vengeance, Oromasès), Léa Desandre (Céphie), Virgile Ancely (Zopire), Étienne Bazola (Narbanor) ; Ensemble Pygmalion, dir. Raphaël Pichon. Opéra royal de Versailles, mercredi 9 novembre 2016.

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