Le Chevalier à la rose au Théâtre des Champs-Élysées jusqu’au 5 juin
Un Rosenkavalier peu viennois mais abouti
Krzysztof Warlikowski a conçu une production du Chevalier à la rose de Richard Strauss hors de son contexte, mais avec succès en raison aussi de sa parfaite transmission musicale.
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- 26 mai 2025
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COMME ON AURAIT PU S’Y ATTENDRE, Warlikowski reste fidèle à lui-même, avec une conception scénique renouvelée. Ce qui est bienvenu pour cet opéra de répertoire si courant ! C’est ainsi que le décor se présente dans une manière de nudité devant une grande toile de fond rouge, qui s’ouvre pour laisser passage aux intervenants, entre un défilé de murs vitrés et d’inévitables canapés (comme d’inévitables cigarettes). Les costumes sont à l’avenant, dans une facture courante d’aujourd’hui mais incarnant bien les attributs de chaque personnage. Peu de références au contexte viennois censé nimber l’opéra, sauf quelques tenues façon bavaroise-autrichiennes avec pantalons courts, et sauf l’apparition régulière d’images projetées extraites du film Der Rosenkavalier (de Robert Wiene en 1926) comme un rappel du contexte de cet opéra de Richard Strauss créé en 1911 en hommage à sa Vienne adoptive. Les personnages de cette « conversation en musique » n’en sont pas moins bien campés, en phase avec leurs différentes interventions. On suit donc aisément la trame dans ses nombreux soubresauts. Et le résultat convainc.
Quand les chanteuses ont la part belle
D’autant que la distribution des chanteurs se coule parfaitement dans ses attributions, scéniquement comme vocalement. Dans cette œuvre où les chanteuses ont la part belle, les trois interprètes féminines principales répondent exactement à leurs rôles. Véronique Gens figure une Maréchale de haut vol (dont on goûte le lyrisme emporté de son monologue du premier acte), Niamh O’Sullivan incarne un Octavian de belle prestance et Regula Mühlemann campe une Sophie bien accordée (dont on goûte ici leurs duos des deuxième et dernier acte). Toutes dans des voix sans faute que le lyrique trio final achève en apothéose. La basse de Peter Rose est pour sa part un Baron Ochs d’admirable tenue, pour ce rôle de victime d’une constante et exigeante présence. Notons aussi Jean-Sébastien Bou, Éléonore Pancrazi, Krešimir Špicer et Francesco Demuro pour les rôles bien sentis de Monsieur de Faninal, Annina, Valzacchi et du Chanteur italien (et la jolie mélodie de son air de ténor bel canto). Tout au plus juste, du parlando omniprésent aux quelques moments lyriques ! Bonne intervention du Chœur Unikanti et des enfants de la Maîtrise des Hauts-de-Seine.
L’Orchestre national de France s’épanche voluptueusement, comme il se doit pour cet opéra sur-orchestré, mais sans à aucun moment couvrir les voix, bien emmené qu’il est par la battue vigilante de Henrik Nánási. Un Chevalier à la rose hors des habitudes, mais néanmoins très abouti.
Illustration : Vincent Pontet/dr
Richard Strauss : Der Rosenkavalier. Avec Véronique Gens (la Maréchale), Niamh O’Sullivan (Octavian), Regula Mühlemann (Sophie), Peter Rose (le Baron Ochs), Jean-Sébastien Bou (Monsieur de Faninal), Éléonore Pancrazi (Annina), Krešimir Špicer (Valzacchi), Francesco Demuro (le Chanteur italien). Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Chœur Unikanti, Maîtrise des Hauts-de-Seine. Orchestre national de France, dir. Henrik Nánási. Paris, Théâtre des Champs-Élysées, 24 mai 2025. Prochaines représentations : 27 mai, 2 et 5 juin.



