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Critiques / Opéra & Classique

The house taken over de Vasco Mendoça

par Frank Langlois

La grisaille de Vasco Mendoça

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The house taken over de Vasco Mendoça (né en 1977) a été créé en juillet passé à Aix-en-Provence. Il est le dernier volet d’une trilogie d’opéras de chambre anglophones, tous commandés, produits et créés par le Festival d’Aix-en-Provence : Thanks to my eyes (2011) d’Oscar Bianchi, avec un livret de Joël Pommerat ; et Written on skin (2012), de George Benjamin, avec un livret de Martin Crimp (voir WT 3240 et 3518 des 1er avril et 27 novembre 2012).

Au départ de The house taken over, se trouve Casa tomada [Maison occupée], une incandescente nouvelle de Julio Cortázar, que Sam Holcroft a muée en livret d’opéra. Quant à la partition, elle fut composée dans le cadre de l’Académie européenne de musique. Enfin, sa production a été co-réalisée par le Festival d’Aix-en-Provence, le Grand Théâtre de Luxembourg, De Singel (à Anvers) et la Fondation Calouxte Gulbenkian (à Lisbonne).

La nouvelle de Cortázar est étouffante : ficelés par une longue lignée, un frère (Hector) et sœur (Rosa), fusionnels, forment presque couple et vivent, reclus, dans une maison. Leurs domestiques habitudes chronométrées (faire le ménage ; fermer les volets aux heures solaires, afin que les objets n’en pâlissent point) sont autant une mutuelle surveillance que des rituels de mort. S’imaginant qu’un phénomène maléfique a envahi leur maison, Hector verrouille la porte qui donne accès à la moitié de la maison : désormais encore plus reclus (Hector refuse de sortir pour faire des achats), frère et sœur continuent leurs manies chroniques mais à vide : une modeste superficie, peu d’objets et plus de bibliothèque. Rebelote, avec l’imagination d’un second maléfice : pensant leur maison totalement envahie, Hector et Rosa se réfugient dans le vestibule et tentent de reprendre leurs rituels, tandis que la tension entre eux devient insoutenable. Rosa finit par convaincre Hector que la suite de leur vie est hors de la maison ancestrale. Tous deux sortent.

Une partition grise

Vasco Mendoça a organisé son opéra de chambre (soixante-dix minutes) en un resserrement des durées : l’acte I occupe presque la moitié de l’ouvrage, tandis que l’acte III est quasi aphoristique. La nomenclature est modeste : flûte, deux clarinettes, deux trompettes, un trombone, un percussionniste et six instrumentistes à cordes. L’écriture vocale établit deux principes : presque mécanique lors des tâches quotidiennes, et plus lyrique lorsque chaque personnage extirpe quelque expressivité de lui-même. Idem pour l’écriture instrumentale : y alternent de puissants et rapides crescendos (sèchement arrêtés) et des plages plus mélodiques. Mais ces deux écritures en demeurent à la pétition de principe, à cause d’un langage harmonique et rythmique ambivalent, que le compositeur décrit ainsi : « En ce qui concerne les hauteurs de notes et les rythmes, j’utilise un système assez organisé mais très souple. J’ai une espèce de « carte » de quelques modes basiques (ou de « séries », si vous préférez, mais je ne les utilise jamais de manière « sérielle », c’est juste un assemblage de hauteurs). […] à tout moment, je peux suivre plusieurs options. […] avec le même mode, je peux construire des phrases presque diatoniques qui donnent l’impression d’être tonales, mais je peux aussi créer des harmonies dissonantes et jouer avec l’atonalité. » Ces propos sont presque un aveu de ce que l’oreille du spectateur constate : une masse sonore grisâtre qui résulte d’une molle absente de choix et qui considère la composition comme une application de règles initialement convenues. Dès la première minute, tout est prévisible et, ressassées, les quelques tensions s’affadissent. L’auteur de cette chronique n’est pas coutumier du fait après avoir découvert une œuvre nouvelle lors d’une unique audition, mais l’évidence s’impose : The house taken over est une œuvre manquée, impersonnelle.

Une mise-en-scène sérieuse

Katie Mitchell n’a pas totalement renouvelé le miracle du Written on skin de George Benjamin, l’an passé. Certes, se retrouve le goût de la metteuse-en-scène pour un décor qui consiste en la coupe transversale d’un logis. Pour The house taken over, ce sont deux blocs horizontaux jouxtants : la salle-à-manger (à jardin) et le salon (à cour) ; ce dernier, à l’acte III, est remplacé par le vestibule. Mais est-ce la partition peu inspirante ?, la main scénique est plus lourde et ce qui, dans l’opéra de Benjamin, était tantôt implicite tantôt saignant, est ici plus lisse et moins hérissé de tensions. Demeure un précis et intelligent travail scénique, qui se regarde avec intérêt ; mais Katie Mitchell a offert des réalisations bien plus accomplies.

Un plateau musical compétent

Une similaire impression demeure à propos des chanteurs. Vocalement compétents et scéniquement présents, ils ne dépassent pas profondément l’application et demeurent dans une certaine réserve, de laquelle, assurément, la partition ne les aide pas à s’extraire. Les entendre dans un autre cadre est assurément nécessaire. Asko | Schönberg confirme (mais en était-il besoin) qu’il est un des grands ensembles européens qui jouent les musiques d’aujourd’hui : souple, précis et bien sonnant. Le chef d’orchestre Etienne Siebens a efficacement aidé les chanteurs et instrumentistes à apporter une tension dramaturgique à un ouvrage qui en est bien avare.

Vasco Mendoça, The house taken over livret de Sam Holcroft, d’après la nouvelle Casa tomada de Julio Cortázar. Par Katie Mitchell (mise-en-scène), Alex Eales (décors), John Bright (costumes), James Farncombe (lumières). Avec : Edward Grint (Hector), Kitty Whately (Rosa), Asko | Schönberg, Etienne Siebens, direction musicale.

Strasbourg - Festival Musica

Photos Camille Roux

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