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Critiques / Opéra & Classique

Thanks to my eyes de Oscar Bianchi et Joël Pommerat

par Caroline Alexander

En musique et poésie l’épopée oedipienne d’un fils qui n’arrive pas à égaler son père...

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Joël Pommerat, 48 ans, est ce poète et metteur en scène d’un univers où l’improbable et l’invisible tissent les liens d’une œuvre à nulle autre pareille. Oscar Bianchi, compositeur à la double nationalité italienne et suisse, a suivi tous les sentiers de la musique contemporaine, de Darmstadt à l’IRCAM en passant par la Columbia University de New York, les écoles de Berlin, Milan, Bruxelles... Associés l’un à l’autre pour un projet très singulier ils ont donné naissance à Thanks to my Eyes, opéra de chambre pour une douzaine d’instruments, quatre chanteurs, une comédienne et un messager muet.

Le 5 juillet 2011, ils créèrent l‘événement en ouverture du Festival d’Aix-en-Provence qui pour la première fois choisissait la création mondiale d’une œuvre contemporaine pour son lancement. Un coup de culot salué par un grand coup de succès.

Coproduit par le Théâtre Royal de la Monnaie, T&M Paris, le Théâtre de Gennevilliers et le festival Musica de Strasbourg, il vient d’effectuer une tournée et s’installera à la Monnaie - mais hors les murs, sur la scène du Théâtre National de Belgique - du 3 au 11 avril. Avant de mettre le cap sur le Portugal, l’Espagne pour clôturer son parcours à Mulhouse dans le cadre du festival Musica.

C’est la pièce de Joël Pommerat Grâce à mes yeux, créée en 2002 au Théâtre Paris-Villette qui est convertie en livret. Traduite en anglais elle devient Thanks to my eyes pour un spectacle itinérant, chanté en anglais, parlé en français.

Un drôle de trio familial

Tout se passe dans un lieu perdu dans la montagne où vit un drôle de trio familial : mère très vieille et à bout de forces, un père qui fut autrefois un clown célèbre et qui s’acharne à transmettre à son fils les clés de sa splendeur, le fils enfin qui n’y arrive pas. Il s’échappe, rencontre des femmes, la nuit, puis le jour, l’une veut devenir actrice l’autre lit dans les étoiles, s’aveugle en contemplant une éclipse. Un messager muet apporte des lettres. L’habit de lumière du clown rôde tel un fantôme et finit par s’éteindre. Et si tout cela n’avait été qu’une imposture ?

Des images d’ombres mouvantes passent du gris au noir, poussières de mémoire, rêves éveillés, brûlés de soleil nocturne. Sous la direction attentive de Franck Ollu, les onze pupitres - accordéon, quatuor à cordes, clarinettes, saxos, flûtes - font entendre les diversités de l’écriture de Bianchi. Chaque voix s’articule autour d’un timbre particulier. La mère ne chante pas, le rôle est écrit pour une comédienne – Anne Rotger, toute petite, toute fragile et émouvante - le père, forte présence, est baryton basse – Brian Bannatyne-Scott le rend à la fois inquiétant et pitoyable. Deux sopranos aux larges ressources d’aigus incarnent les étranges visiteuses, Keren Motseri et Fflur Wyn en font des énigmes amoureuses. Antihéros le fils est double, tantôt contre-ténor, tantôt baryton, un jeu de miroir vocal dont le jeune allemand Hagen Matzeit fait reluire toutes les facettes. Utilisant en souplesse ses deux tessitures, il incarne jusqu’à l’hallucination le mal-aimé, le paumé, le bouffon.

Thanks to my eyes d’Oscar Bianchi et Joël Pommerat, ensemble de musique de Chambre de la Monnaie, direction Franck Ollu, mise en scène Joël Pommerat, scénographie et lumières Eric Soyer, costumes Isabelle Deffin. Avec Hagen Matzeit, Brian Bannatyne-Scott, Anne Rotger, Keren Motseri, Fflur Wyn, Antoine Rigot .

Théâtre National de Belgique, les 3, 5, 6, 10, 11 avril à 20h15

+32 (0) 70 23 39 36

Photos Elisabeth Careccio

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