Accueil > Tcharodeika/L’enchanteresse de Piotr Illich Tchaïkovski

Critiques / Opéra & Classique

Tcharodeika/L’enchanteresse de Piotr Illich Tchaïkovski

par Caroline Alexander

Un Tchaïkovski à découvrir, une mise en scène à oublier

Partager l'article :

Le goût des séries, le plaisir des œuvres rares. Une double marotte qu’Aviel Cahn, directeur de l’Opéra de Flandre cultive en ce début de saison avec la troisième œuvre d’une trilogie consacrée à Tchaïkovski. Après Eugène Onéguine, œuvre phare et Mazeppa, plus discrète, voici une Tchadoreika méconnue, à classer parmi les perles à redécouvrir.
Créé en 1887 au Mariinski de Saint Petersbourg, huit ans après Jevgeni Onegin/ Eugène Onéguine sur un livret du dramaturge Ippolit Chpajinski, Tcharodeika – L’Enchanteresse raconte une histoire un peu tarasbicotée navigant entre le social, le politique et le sentimental.

Dans l’auberge de Nastasia, l’ensorceleuse dont tout le monde tombe amoureux, se réunissent les artistes, les poètes, les rêveurs, les graines de perturbateurs qui célèbrent et chantent la liberté. L’auberge a forcément mauvaise réputation auprès du prince Nikita, gouverneur dictatorial de la ville alerté par Marmirov, son corrompu de ministre. Nikita se rend sur place pour arrêter l’aubergiste libertaire mais craque sous son charme. Le voilà envoûté. Marmirov rapporte le coup de foudre à l’épouse, complote à qui mieux mieux auprès du fils Yuri - qui désavoue pourtant la politique oppressive de son père. Les vengeances se succèdent en série ! Yuri veut la mort de celle qui afflige sa mère, mais, comme son père, il tombe dans les bras de l’enchanteresse - qui l’aimait en secret. Ils décident de fuir ensemble. Mais l’épouse trompée veut à son tour en finir avec la sorcière trop aimée. Poison, poignard. Elle fait boire à Nastasia le philtre fatal. Le gouverneur assassine son rival de fils et ne garde pour couronne que sa solitude et ses regrets...

Romantisme en tempêtes du dedans comme du dehors

Trop de rebondissements désarticulent les tiroirs de l’intrigue. On est loin des clartés crépusculaires de Pouchkine qui tracèrent les trames d’Onéguine et de La Dame de Pique. Mais la musique est belle. Tchaïkovski fidèle à lui-même fait vibrer son romantisme en tempêtes, du dehors comme du dedans. Densité orchestrale, mélodies des rues et des campagnes, des ariosos célestes et des duos superbes émaillent une partition riche en couleurs et en contrastes.

Chef principal de l’Opéra de Flandre depuis janvier 2011, jeune héritier d’une lignée de chefs russes, Dmitri Jurowski, donne à l’orchestre la fougue et les retenues intimes de Tchaïkovski. A l’écoute c’est bien un chant profond de Russie qu’on entend. Au regard il en est tout autrement. La mise en scène de l’Allemande Tatjana Gürbaca laisse pour le moins perplexe. Depuis trente ans et plus les « régisseurs » (metteurs en scène) allemands inondent les scènes avec des « actualisations » qui, si certaines en leur temps furent pertinentes, ont fini par tourner en manies souvent grossières.

Berlin, la bande à Baader : mieux vaut lire le résumé dans le programme

Ici, l’auberge de Nastasia devient une étroite cave où s’agglutine et se trémousse une faune aussi débraillée qu’imbibée sous les applaudissements d’un gros ours blanc. L’ours est l’emblème de Berlin et le bunker carrelé serait, selon les explications du programme, le refuge des révolutionnaires de la bande à Baader... Aux actes suivants une table recouverte d’une longue nappe sert d’objet à tout faire dans des espaces souvent suspendus. Le dernier acte se passe dans un cirque, avec guirlandes lumineuses, acrobates, cracheurs de feu et filles de cabaret... Le torticolis mental et scénique est tel que l’histoire en devient incompréhensible pour ceux qui ne la connaîtraient pas d’avance. Mieux vaut donc en lire le résumé dans le programme.

C’est dommage pour les chanteurs – tous russes - qui dans l’ensemble sont de très bons niveaux. Le baryton Valery Alexeev domine la distribution en gouverneur dévoré par un soudain démon de midi, la soprano lettone Ausrine Stundyte campe (en alternance avec la russe Tatiana Pavlovskaya) une Nastasia sensuelle au timbre large et au jeu engagé de vamp prise à son propre piège.

Tcharodeika/L’Enchanteresse de Piotr Ilitch Tchaïkovski, livret d’ Ippolit Vassilievitch Chpajinski. Orchestre symphonique et chœur de l’Opéra de Flandre, direction Dmitri Jurowski, chef de chœur Yannis >Pouspourikas, mise en scène Tatjana Gürbaca, décors é lumières Klaus Grünberg, costumes Marc Weeger & Silke Willrett. Avec Ausrine Stundyte (en alternance avec Tatjana Pavloskaja), Valery Alexeev, Irina Makarova (en alternance avec Olga Savora) Dmitri Polkopin (en alternance avec Viktor Lutsiuk), Taras Shtonda, Nikolai Gassiev, Igor Bakan, Jevgenin Polikanin .

Opéra de Flandre/Vlaamse Opera

à Gand les 30 octobre, 2, 4, 6, 8 novembre à 19h30

à Anvers les 16, 18, 23, 26 novembre à 19h30, le 20 à 15h.

+32 (0)70 22 02 02 – www.vlaamseopera.be

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.