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Critiques / Théâtre

Tartuffe, de Molière

par Caroline Alexander

Une fatale erreur de casting

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Pour ce Tartuffe nouveau on pourrait jouer comme les enfants au jeu des « on ferait comme si ». On imaginerait ainsi Molière au temps des reality shows télévisés. Il y aurait une Ferme avec des acteurs de la Comédie Française qui devraient, avec les moyens du bord, monter et interpréter l’une des plus cruelles comédies de leur patron. Ils évolueraient à ciel ouvert dans une cour qui s’étendrait sous le mur d’une immense grange trouée de fenêtres. Il y aurait de la paille, des brouettes, des tréteaux de bois et du bois à couper. Pour les costumes ils se débrouilleraient avec ce qui leur tomberait sous la main : une nuisette, deux, trois chemises de nuit, une soutane, un short et quelques habits de comédie trouvés au fond d’une malle. Pour la distribution, ils tireraient à la courte paille. Pour certains rôles, ça tomberaient pile, Florence Viala serait une Elmire un peu évanescente, Catherine Hiégel une Dorine forte en gueule, Audrey Bonnet une diaphane Marianne, Daniel Znyk, un Cléante raisonneur, Mathieu Genet un Damis monté sur ressorts, Laurent Stocker un Valère un brin aboyeur. Eric Génovèse tomberait sur le rôle titre et en ferait une sorte de Don Juan dangereusement pervers dont les fourberies et la lubricité suinteraient par tous les pores. Pour Madame Pernelle, le sort tomberait sur Gérard Giroudon, un homme pour un personnage de vieille femme, ce qui ne serait pas une nouveauté en soi mais pour lequel il déciderait de ne renoncer en rien à ses signes extérieurs de virilité, voix de stentor et démarche de garde chasse.

Faire du neuf à tout prix

Pour Bakary Sangaré, embarqué dans l’aventure, il ne resterait dès lors que le personnage d’Orgon, dont il ferait du mieux qu’il pourrait un benêt avec des airs de s’être échappé de la brousse. Pour ce géant débonnaire à la peau d’ébène, acteur merveilleux dans Papa doit manger de Marie Ndaye et dans tant de spectacles de Peter Brook, le hasard aurait été bien fâcheux en le condamnant à cette fatale erreur de casting. Le problème est qu’il ne s’agit pas d’un jeu mais de la première mise en scène maison de Marcel Bozonnet administrateur général de la Maison de Molière et que dès lors aucun hasard n’a dicté les étranges parti pris d’une réalisation où le souci de faire du neuf à tout prix semble prendre le pas sur celui de rendre compte de l’un des chefs d’œuvre du répertoire. Car dans cette édifiante histoire d’imposteur, de gourou escroc, d’abus de pouvoir et de pigeon aveuglé, qu’apporte la transposition d’une maison bourgeoise dans une cour de ferme ou la transformation de la scène de séduction, entre Tartuffe et Elmire, en scène de viol qui force le violeur pris en flagrant délit à prendre la fuite cul nu ? Pas grand chose en vérité. Si ce n’est un coup d’épate-moi-là.

Tartuffe de Molière, mise en scène de Marcel Bozonnet, décors Daniel Jeanneteau, costumes Renato Bianchi, lumières Dominique Bruguière, avec Eric Génovèse, Bakary Sangaré, Florence Viala, Catherine Hiégel, Gérard Giroudon, Audrey Bonnet, Mathieu Genet, Laurent Stocker, Daniel Znyk, Catherine Corringer. Comédie Française, en alternance jusqu’au 18 juillet - 0825 10 16 80.

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