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Critiques / Opéra & Classique

TRISTAN UND ISOLDE de Richard Wagner

par Caroline Alexander

Le pari de simplicité de Georges Lavaudant

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Georges, « Jo » Lavaudant, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, auteur à ses heures, metteur en scène d’une cinquantaine de pièces de théâtre et de quelques opéras (Mozart, Gounod, Battistelli) aborde pour la première fois Richard Wagner. Pas n’importe lequel, celui de son chef d’œuvre absolu, Tristan und Isolde, « l’opéra qui rend fou ». un défi qu’il relève avec grâce malgré quelques faiblesses et tâtonnements.

Une constatation s’impose : quiconque n’aurait jamais vu, ni lu, ni entendu ce Tristan en suivrait sans peine la trame. Pas de transposition détonante, la lisibilité est franche. Par humilité ou manque d’idées ? Chacun conclura à sa guise. L’œuvre, il est vrai est un condensé de difficultés : 3h40 de musique, une action minimale pour une tempête d’états d’âme. Que l’on pourrait trivialement résumer en quelques lignes : Isolde, princesse d’Irlande autrefois épargna et soigna le preux Tristan qui venait pourtant de tuer son fiancé. Depuis, en secret, elle en pince pour lui et attend vainement un geste de reconnaissance ou de conciliation. Au lieu de cela Tristan vient la chercher pour la livrer en mariage à son oncle Marke, roi de Cornouailles.

Une fusion passionnelle n’existe qu’au prix d’un tour de magie

E la nave va... à bord du navire qui cingle vers ces épousailles forcées Isolde préfère mourir et faire mourir Tristan avec elle plutôt que de se soumettre. Un philtre hérité de sa mère devrait faire l’affaire mais Brangaene, sa suivante se trompe de fiole et leur fait absorber le contenu du philtre d’amour. Dès lors tout bascule. L’histoire d’un amour fou va commencer. Fin de l’acte I au cours duquel on aura appris qu’Isolde est une emmerdeuse revancharde, Tristan un vassal naïf dévoué à son maître et qu’une fusion passionnelle absolue n’existe qu’au prix d’un tour de magie. Tristan et Isolde vont donc s’aimer (acte II) jusqu’à en mourir (acte III) sur la plus bouleversante musique jamais composée sur le thème de l’amour.

Poésie pure et cœurs en flammes : comment rendre compte de ces corps immobiles sans se laisser enrober par le statisme ni verser dans l’illustration de style BD ? Grâce à son décorateur et complice de toujours Jean-Pierre Vergier, Lavaudant surmonte l’handicap de l’image : entre Caspar David Friedrich et Turner, les paysages se fixent et s’effacent, mer et ciel se fondent et se confondent, une proue de navire devient épée, le clapotis des vagues enfle et se métamorphose en bourrasque. Superpositions d’images vidéo signées François Gestin et clairs-obscurs des éclairages : certains tableaux comme le lever de rideau du troisième acte sur une plage noire aux sillons caillouteux sont de toute beauté. Dommage qu’en fin de parcours, seule véritable faute de goût, le corps de Tristan agonisant soit présenté, les pieds face au public, le ventre rebondissant et la tête invisible...

Hedwig Fassbender, reine de la soirée

La direction d’acteurs en revanche dénote une sorte de timidité : Lavaudant n’a pas su - n’a pas pu ? - sortir de leur gangue les chanteurs aux prises avec une partition pour athlètes. Souvent figés, ils défendent leurs personnages à l’ancienne, face au public, les privant du supplément de vie qui devrait habiter leurs corps. Sans être ni exceptionnelle, ni médiocre, la distribution tient vaillamment une route semée d’embûches avec la basse chinoise Xiaoliang Li en roi Marke, le baryton allemand Wolfgang Schöne en Kurwenal paternel, Nora Gubisch/Brangaene au vibrato frisant la crise de nerf. Robert Decker, ténor américain rompu au rôle de Tristan qu’il défend sur un certain nombre de scènes lyriques - il y en a si peu sur le marché ! - a l’élégance du rôle mais une voix pâle qui manque cruellement de projection et de couleurs dans les moments dramatiques. Mais il forme un couple crédible avec Hedwig Fassbender, wagnérienne rodée - elle a chanté Kundry, Sieglinde -, timbre chaleureux, ligne de chant presque idéale malgré quelques aigus trop courts - ici Isolde sensible et déchirée, reine de la soirée.
Friedemann Layer assure une direction plus sage qu’inspirée laissant l’orchestre national de Montpellier dans un état d’attente, une sorte de braise guettant le signe qui lui permettrait de s’enflammer.

Tristan und Isolde de Richard Wagner, orchestre national de Montpellier, chœurs et chœurs supplémentaires de l’Opéra National de Montpellier, direction Friedemann Layer, mise en scène et lumières Georges Lavaudant, décors et costumes Jean-Pierre Vergier, création vidéo François Gestin. Avec Hedwig Fassbender, Richard Decker, Nora Gubisch, Xiaoliang Li, Wolfang Schöne, André Heybour, Christophe Berry, Gilles Hubert - Montpellier - Opéra Berlioz-Le Corum les 5,8 & 11 octobre - 04 67 60 19 99

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