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Critiques / Opéra & Classique

Stradella de César Franck

par Caroline Alexander

Un théâtre remis à neuf, un opéra à découvrir

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L’Opéra Royal de Wallonie a rouvert ses portes après trois années d’exil sous chapiteau pour cause de rénovation. La maison mère est remise à neuf : façade immaculée, technologie de pointe côté régie, intérieur restauré à l’identique du plancher au plafond, peintures et moulures redorées à l’or fin. Seule réserve : les sièges revêtus de velours pourpre restent alignés en rangs serrés à l’ancienne. On a du mal à y caser ses genoux.

Pour cette réouverture attendue, le directeur italien Stefano Mazzonis di Pralaferaa a voulu saluer la ville de Liège et la région wallonne qui ont subventionné les travaux par un hommage local autour d’une œuvre due à un enfant du pays : Stradella de César Franck, compositeur né à Liège le 10 décembre 1822, mort à Paris le 8 novembre 1890. Une grande figure de la musique romantique connue surtout pour ses messes, oratorios, symphonies et pièces pour orgue. Il composa également quatre opéras. Stradella, le tout premier, fut élaboré entre ses 15 et 19 ans. Il n’en reste qu’une partition pour chant et piano. Mazzonis décida d’en créer une version scénique - en première mondiale - et d’en confier la réalisation à une équipe du cru. Le compositeur flamand Luc van Hove pour une orchestration fidèle au modèle, le cinéaste Jaco van Dormael pour une mise en scène hors série et une distribution de chanteurs presque exclusivement belges. Seule la direction d’orchestre est restée confiée à Paolo Arrivabeni, directeur musical maison depuis 2008.

Stradella ! Alessandro Stradella (1639-1682), chanteur, compositeur, trousseur de jupons a bel et bien existé. Célèbre en son temps autant par sa musique (cantates, oratorios, opéras...) que par ses frasques d’escroc et de séducteur. Son assassinat pour cause d’enlèvement d’une belle en fit une figure de légende dont nombre d’écrivains et musiciens s’inspirèrent. Emile Dechamps et Emilien Pacini en firent un livret pour le compositeur suisse Niedermeyer. Encore élève au Conservatoire le jeune César Franck en dévora le texte comme un polar et décida d’en tirer son tout premier opéra. Un essai, un balbutiement forcément sous influence des maîtres de son temps mais déjà empreint d’une énergie très personnelle dont on décèle la marque dès l’ouverture.

Stradella, le vrai, vécut longtemps à Venise et Jaco Van Dormael, le père au cinéma de « Toto le héros » et de « Mr Nobody », totalement novice en matière de mise en scène lyrique, décida de mettre la Cité des Doges sous crue. Le plateau est inondé, les clapotis se mêlent à la musique sans la gêner. Il n’est pas le premier à transformer une scène en piscine : en 1972, Patrice Chéreau fut le premier sans doute à utiliser une mise en scène aquatique avec son inoubliable « Massacres à Paris » de Christopher Marlowe au TNP de Villeurbanne. Quarante ans plus tard Van Dormael y ajoute la magie née des caméras et des effets spéciaux de l’électronique. Durant les deux premiers actes on est sous le charme d’images poétiques, de nuages se métamorphosant en fenêtres, de bulles de savons géantes, d’ombres chinoises dansant comme des marionnettes et de cette lune noire basculant en miroir où se reflètent les chanteurs, l’orchestre et une partie du public.. Comme le troisième acte se passe à Rome, les débordements supposés du Tibre sont devenus superflus. Il y a des pavés dans la mare et on y patauge beaucoup.

D’une distribution inégale se détache le ténor liégeois Marc Laho dans le rôle titre. Timbre tout en clarté, diction perlée, présence chaleureuse, un vrai héros ! En Spadoni, Werner Van Mechelen, baryton belge souvent remarqué au pays comme à Lyon ou à Nancy, est toujours de bonne tenue. Tout comme le Français Philippe Rouillon en Duc autoritaire. Le point faible s’appelle, Isabelle Kabatu en Leonore qui peine à traîner sa longue robe dans les flots et à maîtriser des aigus criards. Pour illuminer cette fête de famille on aurait aimé voir et entendre la délicieuse soprano Anne-Catherine Gillet, enfant du pays elle aussi, surnommée à juste titre par Nicolas Joël, le directeur de l’Opéra de Paris : « la princesse de Liège »...

Paolo Arrivabeni met beaucoup d’ardeur pour faire jaillir les couleurs de la musique prometteuse d’un César Franck à peine sorti de l’adolescence.

Au final : le plaisir d’une découverte au lyrisme poétique et à l’humour en nage libre.

Stradella, opéra en trois actes de César Franck réorchestrée par Luc Van Hove, livret de Emile Dechamps et Emilien Pacini. Orchestre, chœur et maîtrise de l’Opéra Royal de Liège, direction Paolo Arrivabeni, mise en scène Jaco Van Dormael, décors Vincent Lemaire, costumes Olivier Beriot, lumières Nicolas Olivier. Avec Marc Laho, Isabelle Kabatu, Werner van Mechelen, Philippe Rouillon, Xavier Rouillon, Roger Joakim, Giovanni Iovino, Patrick Mignon.

Opéra Royal de Liège, les 21, 25, 27, et 29 septembre à 20h, le 23 à 15h

+32 (0)4 221 47 22 – www.operaliege.be

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