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Critiques / Autres Scènes

Stifters Dinge de Heiner Goebbels

par Caroline Alexander

Cinq pianos pour un "son et lumière" métaphysique

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De ces Stifters Dinge, ces Choses de Stifter , on pourrait dire qu’il s’agit, au choix, d’un OTNI/objet théâtral non identifié ou OMNI/Objet musical non identifié mais ce ne serait pas tout à fait exact car le compositeur allemand Heiner Goebbels, 56 ans, nous a depuis longtemps déjà familiarisé avec son langage-collage où musiques, vidéos et aphorismes divers tiennent lieu de fil rouge.

L’un des derniers en date avait été son Eraritjaritjaka, musée des phrases présenté par le Festival d’Automne dont Goebbels est l’un des enfants chéris (voir webthea du 15 décembre 2004). Il y avait pour partenaires le comédien André Wilms et les musiciens du Quatuor Mondrian.

Cette fois il va plus loin : exit le comédien, exit l’orchestre. Cinq pianos sans pianistes, une bande son, de paroles et de musiques, accompagnent une série de tableaux en trois dimensions qui se meuvent à partir d’une machinerie ultra sophistiquée. Ce très singulier voyage au cœur de l’imaginaire fut présenté au dernier festival d’Avignon où il remporta un franc succès.

Une insolite leçon de méditation

A Gennevilliers les spectateurs sont tout autant sous le charme de cette insolite leçon de méditation. Les Choses de Stifter se réfèrent à Adalbert Stifter (1805/18068), écrivain autrichien, peintre et poète visionnaire peu connu en France mais qui dans son pays, comme en Allemagne nourrit abondamment les esprits en enthousiasme mais aussi pour certains en rejet, le romantisme de ses fabliaux frôlant sans cesse le kitch absolu. Elle se réfèrent tout autant à l’œuvre du duo de plasticiens suisses Fischli und Weiss, auteurs d’installations multimédia intitulées Der Lauf der Dinge/Le cours des choses où tous les arts et leurs techniques se télescopent.

La profondeur de scène du Théâtre de Gennevilliers se prête idéalement aux étranges mécaniques de ces « choses »-là. Dans l’enfilade de trois espaces qui peu à peu se remplissent d’eau pour devenir mares, étangs ou lacs en tourmente, les pianos ont le ventre à l’air et dévoilent l’intimité de leurs entrailles. A cour et à jardin, des arbustes dénudés montent la garde, des cubes lumineux font office de miradors au sol. Un écran descend des cintres et dévoile des images tirées du Marais de van Ruisdael puis de La chasse nocturne de Paolo Ucello, une voix off fait entendre quelques extraits des Cartons de mon grand-père de Stifter puis laisse la place à une interview de Claude Lévi-Strauss. Malcolm X, William Burroughs sont cités tandis que Bach égrène les notes de son concerto italien en fa majeur BMW 971. Des conjurations Karuabu nées en Papouasie-Guinée, des chants d’Indiens de Colombie ou de tradition grecque émaillent l’ensemble sonore.

Il pleut, il neige, il vente, les images soupirent, les sons prennent des poses, il y a de la magie dans l’air et des songes dans les têtes. Une invitation à méditer sur l’état des « choses » de notre vie.

Stifters Dinge, conception, musique et mise en scène de Heiner Goebbels. Scénographie, lumières et vidéo Klaus Grünberg, espace sonore Willi Bopp.

Théâtre de Gennevilliers du 9 au 17 janvier 2009

01 41 32 26 10

Crédit photos : Mario Del Curto

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