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Critiques / Théâtre

Stand Up de Gérald Sibleyras

par Gilles Costaz

Eloge de la farce

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Gérard Sibleyras est l’un des auteurs aimés du théâtre privé. Il le mérite en raison de son sens de la comédie à rebrousse-poil et d’une drôlerie évidente qui débusque les clichés dormant dans le cerveau de tout être humain. Mais ses dernières pièces, Le Banc, La Danse de l’albatros, Une comédie romantique, étaient à peine écrites ! Trop désinvoltes ! La nouvelle, Stand Up, est tout aussi relâchée mais c’est son charme. Elle revendique sa désinvolture. La situation est un prétexte, il s’agit de se moquer du monde, et particulièrement du monde du théâtre. Le mot « stand up » est à la mode, il désigne l’un de ces shows qui se multiplient dans le café-théâtre. Ici, l’un des jeunes personnages veut faire son stand up en déboulant dans un festival comique de province. Il vient d’un univers bien particulier : il est tueur. Mais il voudrait réussir dans le show-biz. Il demande le soutien d’un auteur déjà connu et du directeur festival. Les réflexes de tueur à gages lui reviennent très vite, pour un oui ou pour un non. Aussi ces braves gens, terrorisés, font entrer le truand dans la danse : ils le laissent répéter un show affligeant mais on ne résiste pas à un artiste qui sort son revolver à la moindre contrariété. Au final, c’est le théâtre d’en face, le metteur en scène concurrent, ceux qui font des spectacles solennels et soporifiques, qui s’approprieront et engageront l’acteur tueur...

L’auteur règle ses comptes avec le théâtre subventionné – temple de l’ennui, à son goût – et la gauche – le conformisme à la mode, toujours selon ses points de vue. En cela, il fait penser à Anouilh, dont il n’a pas le brio mais dont il a le coup de poing. On peut s’irriter de cette vision simplificatrice – qui n’est évidemment pas la nôtre - mais, cette fois, on rit beaucoup. Jean-Luc Moreau a su traduire sur scène la liberté de ce texte qui, heureusement, ne se prend pas au sérieux, provoque et s’amuse de son énormité. Les quatre comédiens sont tous dans une énergie plaisante : Philippe Uchan qu’on est heureux de retrouver aussi savoureux (grand acteur, il semblait avoir disparu des écrans où se voit le bon théâtre), Grégoire Bonnet qui compose avec charme un auteur saisi par la lâcheté, Gilles Gaston-Dreyfus hilarant dans l’expression d’angoisses multiples et Anne-Sophie Germanaz, un peu moins étonnante puisque cantonnée dans un rôle sexy. Cet éloge de la farce est très réussi.

P.S. Où est passée la photo de Tristan Bernard qui accueillait les spectateurs dans le hall ? Elle était l’âme de ce théâtre !

Stand Up de Gérald Sibleyras, mise en scène de Jean-Luc Moreau, décor de Sophie Jacob, costumes de Camille Duflos, musique d’Alexandre Lessertisseur, lumières de Fabrice Kebour, avec Grégoire Bonnet, Gilles Gaston-Dreyfus, Anne-Sophie Germanaz, Philippe Uchan. Théâtre Tristan Bernard, tél. : 01 45 22 08 40. (1 h 40).

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