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Critiques / Autres Scènes

Silvia par le Cirque Alexis Gruss

par Gilles Costaz

Les quarantièmes rugissants

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Quarantième création ! C’est à peine croyable. Le cirque d’Alexis Gruss présente son quarantième spectacle, et avec une capacité de renouvellement si rare dans le monde du spectacle. Pourtant le thème de cette année est nostalgique : « Silvia ». Alexis Gruss se souvient de Silvia Monfort, la seule personne qui crut en 1974 à cette équipe jeune et sans le sou. Grande actrice et directrice de théâtre, elle lui donna les moyens et le tremplin de faire ses débuts à Paris. Ce fut ensuite une marche triomphale, avec l’attribution en 1982 du label « cirque national » - le seul label de ce type qu’ait accordé, subventions à l’appui, le ministère de la Culture. Jamais grisés par le succès, toujours respectueux d’un labeur écrasant et à la quête de numéros imprévus, les Gruss sont restés les mêmes en se métamorphosant ! Alexis Gruss demeure la figure centrale de l’épopée Gruss, mais c’est son fils, Stephan, qui assure les mises en scène. Les enfants et petits-enfants sont entrés dans la danse, apportant leurs idées et leurs personnalités si variées. Les chevaux aussi – premiers partenaires des artistes – changent, toujours beaux comme le monde en train de naître. De telle sorte que ce « cirque à l’ancienne » est un cirque toujours régénéré, toujours « à la djeune ».

De génération en génération

Après l’admirable spectacle de l’an dernier, qui faisait entrer l’image filmique dans le spectacle d’une manière fine et contraire au tapage actuel des vidéos racoleuses, on pouvait craindre que le cirque Gruss marque le pas. Mais non, il a repris son trot et son galop. Il fait même entrer un bateau sur la piste : c’est l’une des principales surprises de cette année. Un bateau entre et sort sur le sable, le temps de créer une atmosphère acrobatique étourdissante. Les enfants ont grandi et grandissent encore devant nous. Stephan Gruss est un écuyer, un jongleur et un metteur en scène hors pair. Son frère Firmin est un clown, un acrobate, un cavalier et un cornac d’éléphant magistral. Mais la génération suivante, avec les jumeaux Alexandre et Charles, Louis, Joseph, et bientôt la génération d’après, déjà un peu en piste, explosent ! Les Gruss ont aussi la bonne idée de s’ouvrir à d’autres artistes comme le brillant Francesco Fratellini – et d’avoir des conjoints ou parents aussi doués qu’eux-mêmes : Nathalie Gruss (quel bel accord avec son mari Stephan dans leur numéro à deux, Romance aérienne » ! ), France Maisonneuve, Tony Florees, Sarah Florees. Quelques danseurs et gymnastes (Olga Midrouillet, Célia Milesi, Nicolas Samsoën, Fabien Thévenot) participent enfin à ce brassage si vivifiant.
Alexis Gruss a trouvé là des partenaires pour que ses numéros équestres soient repris et réinventés d’une manière souvent stupéfiante. Les numéros de l’écuyère à panneau et de la « poste » (quand les chevaux arrivent de partout et s’infiltrent entre les chevaux arrivés avant eux, tirant de longues rênes enrubannées qui ne s’entremêlent pas) sont des moments d’anthologie. Et la pyramide humaine sur les équidés est tout aussi bluffante. Magnifique Alexis Gruss, et magnifique Gipsy Gruss qui, née Bouglione, a bien fait de fonder cette dynastie avec Alexis et qui continue à proposer des numéros d’une folle maîtrise élégante. Saluts également à l’éléphant Syndha, qu’on sent en famille et non en animal à gages.

En même temps, c’est l’année de Maud Florees – une Gruss qui a pris le nom de son mari et a amené Tony Florees, autre artiste à tout faire, le plus humble et le plus étincelant. Maud exécute les numéros qui feront le plus rêver et qui coupent le souffle : l’écuyère à panneau, la funambule, la gitane, la reine du numéro de poste. Maud est royale, sur terre et dans les airs, amazone et aérienne, de cette grâce insolente qui domine les efforts les plus insensés. Elle est la figure de proue de ces quarantièmes rugissants.

« Silvia », mise en scène de Stephan Grusss, chorégraphie de Sandrine Diard, costumes de Bruno Fatalot, lumières d’Antony Etienne et Vincent Ribes, images de Karim El Dib, orchestre sous la direction de Sylvain Rolland. Cirque national Alexis Gruss, Bois de Boulogne, porte de Passy, métro Ranelagh, tél. : 01 45 01 71 26, jusqu’au 1er mars. (Durée : 2 h 45).

©2013 image-k.com

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