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Critiques / Théâtre

Siah Bâzi - Le Jeu du Noir

par Jacky Viallon

Quand les acteurs sortent de l’écran

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Ariane Mnouchkine accueille jusqu’au 29 Janvier la troupe Siah Bâzi, de Saadi Afshar (Téhéran). Depuis un an et demi, la troupe est contrainte de se produire de manière itinérante, privée de leur Théâtre Nasr suite à la décision brutale des autorités de Téhéran de fermer ce lieu. Juste avant cela, la réalisatrice Maryam Khakipour tournait un film documentaire sur les derniers acteurs du Siah Bâzi (Le Jeu du Noir), sorte de commedia dell’arte qui se produisait en Iran lors des mariages ou des fêtes. L’acteur, qui devient noir en recouvrant son visage de suie, improvise à partir du canevas traditionnel, de satires faisant allusion à l’actualité. Saadi Afshar est l’un des derniers maîtres de cette tradition iranienne du Siah Bâzi.

Improvisations fantaisistes

Il évolue sur la scène comme une sorte d’Arlequin à l’œil malicieux et nous fait partager son bonheur de jouer, s’adonnant à des improvisations fantaisistes qui doivent probablement déstabiliser quelque peu ses partenaires. Qu’importe, les comédiens suivent avec une bonne humeur évidente les sauts de cabri - au sens propre comme au figuré - qu’effectue Saadi Afshar.
La soirée débute donc par le film documentaire de Maryam Khakipour qui relate les derniers instants de la troupe au Théâtre Nasr. A la fin du film, on voit surgir d’une tenture, de manière inattendue, les comédiens vus à l’écran. Et pour dédramatiser le propos du film, ils jouent avec fantaisie leur propre histoire : celle d’une troupe de théâtre expulsée de son lieu et qui va trouver refuge au Théâtre du Soleil. Le tout est ponctué d’improvisations. On ne sait plus très bien si on est train d’assister au jeu du théâtre dans le théâtre ou si cela s’apparente davantage à un débat sur le théâtre Nasr et la troupe de Siah Bâzi.

Malice et pied-de-nez

La deuxième partie est une pure représentation théâtrale dans la tradition populaire, s’appuyant sur un canevas de base sans prétention - un sultan se fait voler son identité par un paysan qui emprunte ses habits. Les quiproquos qui en découlent sont matières à d’autres farces successives. Saadi Afshar évolue avec une surprenante habileté, le visage tout mâchuré, les lèvres presque blanches, le regard brillant d’une étrangeté ironique, le sourire mi-amer mi-joyeux. Toutes les expressions de son visage et de son corps sont au service du changement. Il surprend constamment car son jeu relève entièrement de l’inattendu. Quand on pressent une certaine expression ou gestuelle, c’est dans une sorte de ronde à l’humour débridé qu’il se jette. Parfois, son corps appelle des gestes, des occupations d’espaces tellement minimalistes que l’on se demande par quel bonheur nous avons pu les saisir. Puis il sautille un peu plus loin, entreprend une improvisation probablement très détachée de l’histoire prévue. Il y a dans ce spectacle une sorte de malice, de pied-de-nez, une démonstration qui ne se prend pas au sérieux. Un décor peint en aplat sans aucune distance posée en toile de fond, comme au théâtre de foire. La convention est affichée, presque inachevée et toute cette naïveté voulue retient l’attention du public qui partage la bonne humeur de l’instinctif.

Siah Bâzi - Le Jeu du Noir, avec Saadi Afshar dans le rôle du Noir. Direction de troupe et décor Saleh Panahi. Mise en scène Hassan Azimi. avec Saadi Afshar, Mahindokht Boujar, Raheleh Haddadi, Mohsen Magami, Ahmad Mehrabi, Leila Mohamad, Hossein Ranghindvand, Fatemeh Shadizadeh, Behrouz Taghvaei. Musique Afshar ( Zarb, chant) , Bâhar ( kamântché, violon ) Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes . Paris 12e. Jusqu’au 29 Janvier. Mercredi au vendredi 19 h 30 - samedi 15 h et 19 h 30 - Dimanche 13 h .Tel : 01 43 74 24 08.

Crédit Photo : Behman Monadizadeh

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