Au Théâtre des Abbesses jusqu’au 28 mars
Shiraz d’Armin Hokmi
Le chorégraphe d’origine iranienne évoque dans son ballet hypnotique et très concentré le souvenir du festival de Shiraz.

Découvert à Montpellier Danse 2024 où il a fait sensation avec Shiraz, Armin Hokmi, quoique né en Iran, se garde comme la peste des particularismes supposés de sa terre d’origine. Le chorégraphe trentenaire, d’abord exilé en Norvège et installé désormais à Berlin, évoque dans sa dernière pièce le festival de Shiraz-Persépolis qui de 1967 à 1977 (soit avant l’instauration de la dictature islamique) était une manifestation internationale d’envergure. Ce rendez-vous entre les continents affichait une programmation contemporaine avant-gardiste en cinéma, danse, théâtre et musique, sans toutefois exclure des expressions artistiques plus traditionnelles. S’y retrouvait la crème des créateurs mondiaux, Boulez, Xenakis, Béjart, Cunningham...
Pour Shiraz, Armin Hokmi, associé à Montpellier Danse pour la période 2024-2026, a délibérément choisi sept interprètes internationaux, issus de traditions différentes afin de dresser un pont entre les cultures, à l’image de ce festival mythique qui transcende l’histoire, l’espace et le temps. La pièce tient de la performance poétique, personnelle et intimiste, qui crée son propre contexte.
A la fois minimaliste, abstraite et ancrée dans la tradition orientale, Shiraz se présente comme un concentré de la danse occidentale revue à l’aune de traditions orientales ou venues d’autres horizons comme le Kathakali du Sud de l’Inde, ou encore de l’Afrique noire. Sur les musiques entêtantes et obsessionnelles des compositeurs de rap iraniens EHSXN et Reza R, la gestuelle se limite à une gamme très resserrée de mouvements.
Fruit d’un travail méticuleux sur le motif et le perfectionnement du geste, la chorégraphie repose sur un déhanchement imperceptible et une ondulation du bassin qui vont en s’amplifiant, la main droite se positionnant devant le visage comme pour faire disparaître le danseur derrière la danse. Le but est d’éviter une lecture de la pièce à travers les origines de l’interprète ou un background supposé. Puis l’accélération du rythme musical aidant, la danse amorce un crescendo qui va croissant tout en restant toujours très contrôlée. Il s’en dégage une sorte d’envoûtement.
Photo Bertrand Delous
Shiraz jusqu’au 28 mars au Théâtre des Abbesses, http://www.theatredelaville-paris.com
Concept, chorégraphie : Armin Hokmi. Musique : EHSXN, Reza R. Création lumières : Vito Walter. Scénographie et concept lumières : Felipe Osorio Guzmán. Assistante à la direction artistique : Emmi Venna. Costumes : Moriah Askenaizer. Étude des archives du Festival des arts de Shiraz : Vali Mahlouji.
Avec Daniel Sarr, Aleksandra Petrushevska, Luisa Fernanda Alfonso, Efthimios Moschopoulos, Johanna Ryynänen, Emmi Venna, Charlott Madeleine Utzig en alternance avec Xenia Koghilaki.
Tournée :
31 mars-1er avr. : Festival à Corps 2026, TAP Poitiers
4-5 avr. : Festival Le Grand Bain, Roubaix
8-9 avr. : CCN de Caen
23 avr. : Opéra Limoges
20 avr. : Pavillon noir Aix-en-Provence



