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Critiques / Théâtre

Rêve et Folie de Georg Trakl

par Jean Chollet

Sombre et lumineux opus de Claude Régy

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Depuis plus de cinquante ans, Claude Régy n’a cessé d’explorer les écritures contemporaines, de Marguerite Duras et Nathalie Sarraute, aux auteurs anglo-saxons (Harold Pinter, David Harrower, Tom Stoppard, Gregory Motton, Sarah Kane….), allemands ( Botho Strauss, Peter Handke) ou norvégiens (Jon Fosse, Tarjei Vasaas) entre autres. Avec toujours la volonté d’échapper à la seule transcription plus ou moins signifiante d’un texte, mais d’effectuer une plongée au plus profond des zones d’ombres et des tensions qu’il sous – entend. Avec une radicalité qui rejette les poncifs habituels dramatiques et psychologiques pour retrouver “ cette nappe souterraine qui a précédée l’écriture en essayant tout simplement qu’elle puisse se répandre dans l’imaginaire des spectateurs, dans leur sensibilité, pour que ce soient eux en fait, qui fassent le spectacle. ”.

C’est une nouvelle fois le cas, avec cette création que le metteur en scène, âgé de 93 ans, envisage comme une dernière. Elle est consacrée à une rencontre avec le sulfureux et tourmenté poète autrichien Georg Trakl, né en 1887 à Salzbourg, alcoolique, incestueux avec sa jeune sœur, pharmacien militaire, drogué, mort d’une overdose de cocaïne à Cracovie à l’âge de 27 ans. Une trajectoire de vie qui a imprégnée toute son œuvre portant des accents autobiographiques, en particulier dans ce texte saisissant en prose choisi par Claude Régy, qui comme à son habitude évacue l’illustration au profit d’une sensibilisation scénique sensorielle, en mesure d’exacerber l’imaginaire, de faire surgir des visions et ressentir la profondeur humaine tragique et la violence palpable et subversive de l’écriture jusque dans l’indicible. Dans un espace vide et indéfini (Sallahdyn Kathir), baigné d’obscurité et de fines variations de lumières crépusculaires (Alexandre Barry), Yann Boudaud, fidèle interprète de Régy depuis des années (dernièrement pour “La Barque le soir ”de Tarjei Vesaas) porte les mots de Trakl tout autant dans ses lents déplacements et sa gestuelle, que dans ses silences et dans son élocution tour à tour syncopée ou psalmodiée, dont chaque ponctuation porte sens. Avec une précision et un rigueur exemplaire. Un spectacle hors normes à la fois envoutant, fascinant et éprouvant, qui entraine loin des bruissements du monde et laisse des traces pour le peu que l’on se soit investi dans sa relation. Au Japon, pays dont il affectionne la culture et où il a créé plusieurs spectacles, Claude Régy serait considéré comme un “Trésor national vivant ”, en référence à ses compétences et à son apport au théâtre. En France, il reste un maître incontournable et un repère exemplaire pour les nouvelles générations.

A lire et à voir : “ Du régal pour les vautours ” de Claude Régy, avec un DVD de 67 minutes inclus du film d’Alexandre Barry. Edition Les Solitaires intempestifs. 95 pages. 19 €.

© Pascal Victor

Rêve et Folie, textes de Georg Trakl, traduit de l’allemand par Marc Petit et Jean –Claude Schneider, mise en scène Claude Régy, avec Yann Boudaud. Scénographie Sallahdyn Khatir, lumière Alexande Barry, son Philippe Cachia. Durée : 50 minutes. Théâtre Nanterre – Amandiers jusqu’au 21 octobre 2016. En tournée jusqu’en mai 2017.

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